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Chroniques

Mercredi 14 février 2007
La statue de Kim Il Sung pourra demeurer encore longtemps sur son socle. Le premier accord conclu ce 13 février à Pekin dans le cadre des pourparlers à six augure favorablement d’une normalisation des relations entre la Corée du Nord et la communauté internationale. La prochaine session des consultations s'ouvrira le 19 mars prochain. Pyongyang sera rayé de l’Axe du Mal et renoncera à l’uranium pour du pétrole. Ceci explique-t-il cela ?


L’accord signé à Pékin ce 13 février survient quatre mois après que Kim Jong Il ait manifesté bruyamment sa volonté d’échapper à l’étreinte économique dans laquelle l’avait enfermé l’administration Bush depuis cinq ans. Dans le cadre des négociations menées avec la Chine, la Russie, la Corée du Sud, le Japon et les Etats-Unis, la Corée du Nord a obtenu que soient enfin étudiées les conditions de levée des sanctions américaines, ce dont Washington ne voulait pas entendre parler.

Pongyang remporte une victoire diplomatique...

La presse ne semble guère faire écho de cette importante victoire diplomatique de Kim Jong Il. Il est vrai que provoquer une explosion nucléaire pour amener les Etats-Unis à négocier constitue un fâcheux précédent et l’Iran doit regretter amèrement de ne pas disposer à ce jour d’arguments aussi percutants. Il n’en reste pas moins que Washington a bel et bien cédé sur le principe d’une négociation avant tout démantèlement. Nous entrons dans une époque de petits pas et toute action des Nord-Coréens allant dans le sens de la destruction de son industrie nucléaire devra être payée rubis sur l’ongle par l’Oncle Sam. En refusant de négocier directement avec le diable, la diplomatie américaine s’est vue imposer la présence de témoins, dont les Russes et les Chinois qui seront les premiers à dénoncer tout manquement à la parole donnée. Après quinze ans de promesses non tenues, Kim Jong Il a montré que taper du poing sur la table et montrer ses biceps, (fussent-ils artificiellement gonflés : il semblerait que la bombe n’était pas au point), reste la seule méthode d’affronter le Département d’Etat.

... au prix d’un renoncement déchirant

L’accord constitue néanmoins un recul important au regard des conditions obtenues face à l’administration Clinton. En contrepartie de l’abandon de technologie nucléaire, Kim Jong Il a obtenu un million de tonnes de pétrole par an (il en avait demandé deux, sans doute pour en avoir un) ainsi qu’un million de kilowatts d'électricité, dont on ignore. Bill Clinton, en son temps, s’était engagé à permettre à la Corée du Nord de construire deux centrales atomiques à eau légère afin de palier à l’abyssal déficit énergétique du pays. Le rêve d’un pays indépendant sur le plan énergétique (la Corée du Nord possède d’importantes mines d’uranium) s’est éloigné pour une génération durant ces négociations.

Washington a remporté une bataille dans la guerre de l’énergie

Il semble impossible de ne pas faire le rapprochement entre l’accord du 13 février et une politique étrangère des Etats-Unis entièrement axée sur la mainmise et le contrôle de l’énergie de la planète. La Corée a obtenu du pétrole qu’elle ne possède pas en acceptant de ne pas utiliser l’uranium qu’elle possède. Cette ingérence dans la bonne gouvernance d’une politique énergétique, en dehors de toute considération sur les effets et méfaits de l’une ou l’autre technologie, constitue une violation inquiétante de la souveraineté d’un pays. Elle pose de nombreuses questions sur la capacité des Etats de la planète à résister à la capacité américaine de gagner cette guerre de l’énergie qui constituera le fil rouge de tous les conflits du siècle.

Vu de Washington, le fait d’accepter sans préalable de négocier sur les sanctions économiques ne représente plus alors qu’une concession de deuxième ordre qui ne remet pas en cause sa volonté d’hégémonie.

Les considérations proprement politiques, dont la dénonciation d’une dictature implacable et la mise en œuvre de pressions permettant à la Corée du Nord de devenir une démocratie, n’apparaissent nulle part dans les satisfecit  que le Département d’Etat s’est décerné à l’issue de l’accord. La Corée du Nord sera rayée de l’axe du mal. Les bureaucrates chargés d’informer le public sur les méfaits du régime de Pyongyang ne seront pas pour autant au chômage : la Russie, dont le pétrole échappe au contrôle Washington, vient d’être désignée à sa place comme ennemi potentiel des Etats-Unis.

Edito paru  sur


Par Kochab
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Vendredi 23 février 2007

G.W. Bush perd des points dans sa stratégie contre l’Iran. Ses alliés lui font défaut les uns après les autres tandis que la situation de ses troupes en Irak s’aggrave de jour en jour. Jusqu’où va-t-il s’obstiner dans sa conquête du Moyen-Orient?


Libéré pour un temps du problème coréen par les accords de Pékin, remettant à plus tard la déstabilisation de Chavez au Venezuela, le gouvernement américain concentre son activité vers un objectif unique, lieu de villégiature paradisiaque pour les capitaux occidentaux : l’Iran. Son pétrole, son gaz, ses pipelines. Trois bonnes raisons pour dépendre économiquement, politiquement et militairement des Etats-Unis.


Un enjeu majeur dans la quête d’hégémonie

La mainmise sur la production de gaz et de pétrole ne représente pas le seul enjeu d’un conflit éventuel.

Sur le plan géostratégique, l’Iran procure un débouché naturel aux hydrocarbures de la mer Caspienne et permet le contrôle du Golfe persique. Trois navires US de support de troupes de débarquement font route en ce moment vers le golfe avec 6000 marines et des avions d’appui feu. On leur prête l’intention de s’emparer des îlots que l’Iran contrôle aux abords du détroit d’Ormuz.

La branche sud de la route de la soie traverse le pays d’est en ouest (la Russie et le Kazakhstan se partagent le contrôle de la branche nord). Cette route, que l’on pourrait rebaptiser route du pétrole, représente un enjeu essentiel aux liaisons terrestres entre l’Europe et la Chine. Pékin travaille à créer une voie de chemin de fer gagnant directement l’Europe afin de briser la quasi-insularité dont souffre la Chine pour le transport de ses marchandises. La déstabilisation du Baloutchistan, théâtre de récents attentats et destiné à être séparés de l’Iran dans le cadre du plan américain pour le Moyen-Orient, permettrait d’installer dans cette province iranienne un gouvernement fantoche propre à contrôler cette route.

Tenir l’Iran, c’est tenir la corde avec laquelle il sera possible d’asphyxier progressivement les Etats émergeant d’Asie. C’est également s’emparer d’un maillon capital (avec la Syrie) de la chaîne logistique qui alimenterait des troupes en vue de contenir militairement les deux rivaux des Etats-Unis que sont la Russie et la Chine. L’administration Bush est bien décidée à reprendre à son compte le rêve d’Alexandre et de Napoléon : contrôler la Méditerranée et le Moyen-Orient jusqu’à l’Indus dans le but d’exercer sa prééminence sur l’essentiel du commerce mondial.

Sans l’Iran, ce rêve restera inaccessible. Bush a besoin pour y parvenir de prétextes, de nombreux alliés et de solides bases arrière. Sur ces trois points l’administration Bush semble s’engager dans des impasses.

Les prétextes

Le conflit qui se prépare en Iran prend prétexte d’un postulat (la volonté soi-disant affirmée par Ahmadinejab d’anéantir Israël), d’un a priori (l’Iran préparerait une arme nucléaire afin de parvenir aux fins prétendument avouées), et d’un fait indiscutable (le soutien iranien aux milices chiites dans l’insurrection irakienne).

Sur le premier point, Ahmadinejab a réellement dit que la page du régime sioniste à Jérusalem doit être tournée, comme l’ont été celles de l’Union Soviétique ou de la monarchie iranienne. Il n’a pas dit qu’Israël, la Russie ou l’Iran devaient être rayés de la carte. Le reste procède de la désinformation, curieusement amorcée par l’agence iranienne INRA. Le jeu de l’Iran apparaît à la lumière du cheminement de cette information. En aggravant les propos du sous-chef de l’Etat, les mollahs ambitionnent d’aggraver la déstabilisation du Moyen-Orient entreprise par les Etats-Unis dans l’espoir d’étendre leur emprise sur le monde chiite et de faire reculer l’influence wahhabite soutenue par les pétrodollars saoudiens. La seule façon pour l’Iran d’anéantir Israël, non-limitrophe, serait l’emploi massif d’armes nucléaires, provoquant par la même occasion la destruction de l’Iran et son incapacité à devenir un acteur majeur du Moyen-Orient.

Quelques efforts que l’on puisse faire pour affranchir l’Iran d’une volonté de disposer de l’arme nucléaire, la centrale à eau lourde de Nataz leur opposent un démentit définitif. Cette centrale servira à produire du plutonium dont l’usage ne convient pas à beurrer des tartines. Il faut cependant une profonde mauvaise fois pour ne pas convenir que, coincés entre une Russie qui convoite depuis des siècles leur accès au Golfe persique, un Etat d’Israël qui sert d’armée de secours aux ambitions américaines et un Irak qui a déjà mené contre eux une longue guerre avec le soutien des occidentaux, les Iraniens convoitent légitimement un moyen de dissuasion propre à leur assurer une relative sécurité. D’autant que la bombe iranienne ne pourra servir de prétexte à une intervention armée que pour le temps où l’Iran ne la possède pas. Ensuite, il sera trop tard, prouvant la chose par son accomplissement. Qui craint les très réelles bombes pakistanaises ou indiennes ? Ne tombons pas dans l’hypocrisie qui consiste à dire que ces bombes, ne visant pas Israël, ne menacent personne. Cent soixante-dix millions de Pakistanais et un milliard d’indiens reçoivent, nul n’en doute, la même considération de notre part que sept millions d’Israéliens. Nous pensons simplement que l’équilibre de la terreur ayant été atteint dans le sous-contient indien, la dissuasion rend impossible l’utilisation de telles armes. La menace d’un agression nucléaire de l’Iran contre Israël ou tout autre Etat du Moyen-Orient relève de la même chimère. Libéré de son droit de réserve par son prochain départ à la retraite, bon connaisseur du Moyen-Orient et de la chose nucléaire (il a quand même le doigt sur le bouton !) Chirac a tenté de remettre à sa place une éventuelle menace en la replaçant dans le contexte de la dissuasion. C’est à cet équilibre que veut parvenir l’Iran.

L’Iran ne pourrait non plus agresser avec une arme nucléaire un de ses voisins arabes sans perdre tout soutien populaire. Reste la Russie, la Chine, l’Europe ou, pourquoi pas, les iles Kerguelen qui se révèlent dans cette logique une cible tout aussi plausible.

Reste le soutien iranien à la rébellion chiite en Irak. Dans un premier temps, tant que les forces soutenues par Téhéran s’appliquaient à instaurer le chaos, l’administration Bush a fermé les yeux sur leurs agissements. Elles coopéraient de facto avec les américains dont le but est de reproduire un scénario yougoslave afin de créer de petits Etats entièrement sous contrôle. Face à la monté de la menace américaine à son égard, Téhéran entraîne les résistants irakiens à une guerre de quatrième génération contre la plus forte armée du monde, non sans succès. À la solution de Bush de détruire l’Iran pour le contraindre à cesser d’abattre ses hélicoptères, le bon sens populaire en propose une autre : le retour à la maison des troupes américaines.

Ces trois casus belli brandis par l’administration Bush recèlent un caractère hautement polémique. Même réunis, ils ne sauraient justifier une agression contre l’Iran, sauf à les accepter d’emblée pour ce qu’ils sont : un caprice du Prince auquel il serait malséant de s’opposer. Mais nous ne sommes plus au Moyen-ge.

Les vraies raisons qui poussent Bush dans une attaque aventureuse contre l’Iran, développées au début de cet article, ne peuvent quant à elles faire l’objet d’une communication de la Maison-Blanche.

L’administration Bush semble l’avoir compris. L’opinion publique a maintenant le regard attiré sur le militarisme croissant de la Syrie dont les troupes sont priées de rester bras ballant après l’attaque du sud-Liban. État souverain, la Syrie se préoccupe naturellement de la sécurité de ses frontières. Pour quelle raison donnerait-elle un prétexte d’invasion à Israël ? Cette agitation sur le Golan est à même cependant de mettre le feu aux poudres. En cas d’agression, l’Iran pourrait se sentir contraint d’intervenir et d’exposer de la sorte son territoire aux bombes américaines qui rouillent dans leurs conteneurs. Ce qui est, depuis longtemps, très mal vu du Pentagone.

Bush, c’est plus mon copain

La belle unité de façade qui rassemblait les nations démocratiques avant la seconde guerre du Golfe se lézarde sérieusement face à la difficulté de la chose. Tant qu’il s’agissait de promener ses troupes en Mésopotamie (ses ruines historiques, son climat, son peuple accueillant) l’intervention relevait de l’impérieuse nécessité de défendre nos valeurs humanistes. Le réchauffement du climat belliqueux de la région la rend d’un coup moins accueillante. Tour à tour, japonais, polonais, glorieux alliés britanniques - et j’en oublie beaucoup - mettent un terme à leur séjour. Quant à poursuivre l’aventure vers l’Iran, cela ne tente vraiment personne. L’expérience afghane suffit à empoisonner l’atmosphère.

En Italie, le gouvernement Prodi vient de tomber pour avoir voulu soutenir l’extension de la base américaine de Vicenza.

L’allié turc lui-même se rappelle soudainement que son indéfectible alliance avec l’occident ne saurait le détourner des devoirs que lui impose sa fraternité millénaire avec l’Iran. Fraternité sur le dos d’un peuple kurde auquel l’Amérique promet l’indépendance. Ankara n’apprécie pas et le fait savoir clairement.

À la manière d’une femme battue ayant quitté son mari pour se précipiter chez le bon docteur Petiot, les Etats de l’Europe de l’Est, l’Ukraine et la Géorgie pourraient bientôt constituer les plus sûrs soutiens des Etats-Unis. L’indigence de leurs armées ne représente cependant pas l’apport stratégique que recherchent les Etats-Unis pour poursuivre leur conquête de l’Est.

Hormis Israël, Bush n’a plus d’allié capable de l’épauler efficacement dans ses rêves de puissance. Il est parvenu par sa croisade hégémonique au Moyen-Orient à exacerber à l’encontre des Etats-Unis les ressentiments de ses plus vieux alliés historiques.

S’ils vont en Iran, les Etats-Unis devront y aller seuls, avec Israël.

Des bases vulnérables.

L’explosion de deux bases américaines en Irak ces derniers mois constitue certainement la plus grave menace contre un déploiement de troupes américaines au Moyen-Orient. La résistance musulmane rêve de rééditer cet exploit. L’Iran la dote d’un matériel considérable, et pas seulement au Liban. Cette vulnérabilité s’est trouvée renforcée par les manifestations populaires en Italie. Gageons que les services secrets américains sont en ce moment tous sur le pont afin de débusquer tout mouvement arabe susceptible d’arroser de missiles les bases américaines de par le monde.

Le déploiement des porte-avions américain démontre que l’administration Bush ne dispose plus que de sa marine pour assurer la sécurité de ses soldats loin du sol natal.

De plus en plus isolé diplomatiquement sous la pression des populations et des groupes économiques qui auraient tout à perdre dans une déflagration au Moyen-Orient (ceux qui ne dépendent pas du complexe militaro-pétrolier), Bush ne dispose plus de marge de manœuvre.
Pour retrouver la confiance des populations et entraîner de nouveaux les gouvernements occidentaux dans la prolongation de sa croisade, il faudrait un nouveau onze septembre. Cette dernière éventualité est très sérieusement envisagée par l’ancien conseiller à la défense nationale et porte-parole de nombreux think-tank américains, Zbigniew Brzezinski.

Renaud Delaporte



 

Par Kochab
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Dimanche 4 mars 2007
Atermoiements ? Principaux objectifs atteints ? Coup de vent d’est sur la bourse ? Les premiers signes d’une pause dans une offensive irakienne sont apparus avec la déclaration de Condoleeza Rice qui venait en contrepoint de l’affluence annoncée de porte-avions et des navires-support de débarquement dans le Golfe Persique. De son côté, le Mossad annonçait ne pas envisager un conflit ouvert avec la Syrie tout en déplorant la présence des troupes de Damas le long de la frontière. L’acceptation par Washington d’une conférence à Bagdad accorde un répit à la montée des tensions. En pleine mobilisation de l’opinion publique, il faut voir dans cette pause un réel besoin de souffler au sein de l’administration Bush.


Gérer une montée de crise dans l’opinion publique requiert de respecter avec rigueur un processus bien déterminé. Il convient de présenter des menaces successives qui, prises individuellement, génèrent des craintes. Ensuite, d’en rapprocher le contenu afin que ces craintes se mêlent et dégénèrent en peur. Dans un troisième temps, d’apporter l’élément déterminant qui emportera l’adhésion à l’action proposée afin d’écarter tout danger. On l’a vu avec la Yougoslavie, l’Irak, la Corée du Nord, on relit ce même scénario dans le problème iranien. En soi, une bombe iranienne génère des craintes. Ahmedinejab est incontrôlable, donc la bombe plus le président iranien c’est l’apocalypse assuré. La preuve, c’est qu’il attaque des Américains en Irak. Une riposte à une provocation devrait servir d’étincelle. Tous ces éléments en place. Pourquoi s’arrêter et négocier ?

La réponse ne provient pas d’une faille du scénario si bien rodé. Il faut chercher ailleurs. Le contexte de sa mise en œuvre a notablement évolué ces dernières cette semaine. Plusieurs pistes sont envisageables.


Une crise mondiale.
La première, et sans doute la plus sûre, conduit à la pression internationale. Les crises précédentes étaient circonscrites, soit de bonne foi, soit avec une hypocrisie très diplomatique, à des crises régionales. La crise iranienne menace directement les intérêts russes et chinois au Moyen-Orient et dégénère depuis un moment en crise mondiale (au plus grand profit des mollahs, qui ont tout fait pour cela !). Les consultations internationales de haut niveau s’accélèrent. La difficulté avec laquelle le Conseil de sécurité de l’ONU s’accorde sur des sanctions contre l’Iran démontre combien Russes et Chinois renâclent à mettre en difficulté l’économie iranienne, prélude, du point de vue américain, à un renversement du régime. Ils pèsent de tout leur poids contre toute forme d’agression envers l’Iran. La rencontre entre les ministres des affaires étrangères de ces deux puissances avec leur homologue indien à New Delhi le 14 février, qui s’est terminée par une condamnation sans équivoque de toute solution militaire, a donné une nouvelle impulsion à la conférence de Shanghai. Créée pour devenir à terme une OTAN eurasienne, la conférence rassemble la Russie, la Chine, le Kazakhstan, la Kirghizie, le Tadjikistan et l’Ouzbékistan. Les dirigeants de l'Inde, de Mongolie, d'Iran, du Pakistan et de l'Afghanistan étaient invités lors de sa dernière réunion à Douchanbe en octobre 2006. L’OSC peut devenir, en peu années, un bloc apte à soutenir une résistance des pays non-alignés à l’expansion américaine pourvu que ses dirigeants s’accordent à manifester cette ambition d’une même voix et ne laissent pas Poutine monter seul au créneau. En accordant à l’Inde plus de liberté dans ses recherches nucléaires que n’en réclame l’Iran, Bush a essayé de casser cette dynamique. Les conclusions de la rencontre de New Delhi ne sont rien de moins qu’un pied de nez.

La technique de désinformation butte sur ces lignes de résistances qui commencent à dessiner un front solide. La menace contre l’occident ne suffit plus à légitimer une action militaire contre l’Iran. Il faut prendre le temps de construire une menace sur le monde. Nous revenons ici à un scénario Bzrezinski évoqué le mois dernier dans ces colonnes.


Menaces d’extension de la guerre asymétrique.
La deuxième piste mène à un changement radical dans la nature du conflit. On ne dira jamais assez qu’en n’autorisant pas le COS français à " stopper " Ben Laden, l’administration Bush a prouvé le rôle essentiel qu’Al Qaida occupe dans sa stratégie de domination. Les spin-doctors de Washington chargés de maintenir la peur sur la planète n’ont pas chômé : Al Qaida est au boulot pour jouer le méchant menaçant le monde entier. En vrai. Les premiers signaux sont venus du journal en ligne Asia Times Online, repris par Questions Critiques. Il est question d’une résurgence économique et opérationnelle d’Al Qaida ainsi que de fusées de construction amateur, les fusées Abeer, capables de porter à 120 kilomètres une charge de 20 kilos pouvant contenir des armes chimiques, biologiques et nucléaires. Il serait intéressant de connaître à ce sujet l’avis d’un praticien des propulseurs à poudre sur la faisabilité de l’engin par des non-professionnels. Les ingrédients ne doivent pas être en vente dans la droguerie du coin de la rue. La réalisation de l’engin nécessite l’intervention de professionnels qualifiés et d’un équipement adéquat. Nous sommes loin de la bombe artisanale assemblée à la hâte dans un coin de cuisine.

Autre remarque qui vaut son Oscar en moutarde : à qui profiterait de fournir à Al Qaida une bombe nucléaire de 20 kilos ? Les nominés sont : la Russie, la Chine, la France, l’Angleterre, les Etats-Unis et Israël. Chacun de ces Etats possède des armes nucléaires miniaturisées. L’Inde et le Pakistan ? Leur capacité de prétendre à cette participation reste à prouver. L’Iran et la Corée du Nord n’en ont aucun moyen. Quelques-unes sont sorties d’Ukraine lors de la débandade de l’Union Soviétique, mais dans quelles mains ? Les services secrets des principales puissances, après toutes ces années, l’ignoreraient encore ? La question reste entière. La peur, elle, parcourra son chemin. Les cibles ? Le monde entier mais plus sûrement l’Eurasie afin de bien faire sentir à ses populations inconscientes du danger la nécessité de représailles que seule l’Amérique peut mener à bien. Un nouveau 11 septembre sur le territoire américain pourrait se révéler funeste à une administration qui, cette fois, payerait comptant son incapacité à faire face à la menace.

La poursuite du programme de domination de l’administration Bush changerait alors de nature et s’orienterait vers une guerre asymétrique, cette fois-ci-ci menée par les Etats-Unis, dont Al Qaida serait l’exécuteur.


Représailles boursières.
Une troisième piste enfin, mène à une menace économique. Pour la Chine, le problème se pose dans des termes simples et clairs. L’Empire du Milieu ne peut poursuivre son programme économique et satisfaire le développement de sa population que dans un contexte pacifique. Le PNB par habitant n’est que de 3 dollars et chaque semaine des manifestations de mécontentement sont réprimées. Le régime ne tient que par sa capacité à tenir la promesse du chinese way of live : le développement de sa classe moyenne. Elle ne dispose pas des moyens économiques suffisants pour obtenir une parité militaire avec les Etats-Unis. Elle n’a aucun moyen non plus de participer directement sur le terrain à la lutte contre Al Qaida. Elle dispose cependant d’une arme de destruction massive propre à rafraîchir les ardeurs les plus belliqueuses : le dollar.

La Chine a provoqué le petit séisme qui a animé la planète boursière cette semaine en annonçant qu’elle allait prendre des mesures contre la spéculation. La bourse de Shanghai a plongé aussitôt, entraînant les autres bourses mondiales dans le trou d’air. Les chinois sont tout sauf naïfs et connaissent tout des arcannes de la spéculation internationale depuis l’ouverture de la route de la soie, il y a deux mille cinq cent ans. L’annonce concomitante de ce coup de semonce et de la conférence de Bagdad, qui, selon Iran-Resist, aurait été réunie à l’instigation des mollahs eux-mêmes, ressemble bien à un fait exprès. Il signale à l’administration Bush que la prospérité chinoise repose sur la paix et qu’en cas de conflit l’Empire du Milieu ne saurait renoncer à cette prospérité qu’en liquidant le dollar. Dans le cas d’une refonte du système financier international, ne nous faisons aucune illusion : la Chine disposerait dans ces circonstances de plusieurs longueurs d’avance. Elle fait sa fortune sur la réponse aux besoins d’équipement des plus pauvres, et non sur la satisfaction des envies des nantis. Ses marchés seraient moins gravement perturbés par une grave crise économique que les marchés des puissances occidentales. Les ventes de vêtement à bas coûts et d’accessoires de cuisine en plastique baisseraient beaucoup, mais celles des avions, des voitures de luxe et des ordinateurs s’effondreraient complètement. Si les économistes écartaient jusqu’à présent l’utilisation de cette arme ultime qu’est la destruction massive du dollar, il se pourrait que l’avertissement marque jusqu’où il ne faut pas aller trop loin.

Nous rentrerions alors dans une nouvelle phase du conflit du Moyen-Orient : la paix ou la ruine. De quoi faire réfléchir les actionnaires du complexe militaro-pétrolier.

Servis. Nouvelle donne ?
Ces actionnaires ont obtenu, en échange de l’organisation de cette conférence, que soit promulguée en Irak la loi du pétrole qui leur accorde un droit de pillage irrévocable pendant soixante ans sur les hydrocarbures irakiens. La corrélation de l’ensemble des événements de cette semaine permet de penser que les menaces de guerre au Moyen-Orient viennent de changer de nature. L’administration Bush sait qu’elle doit maintenant soit s’engager dans un conflit total, diplomatique militaire, et financier, soit quitter la scène avec le magot encaissé et de reconnaître sa défaite.

Ce dernier point, hélas, risque de la pousser à l’irréparable. De nouvelles armes nucléaires sont en préparation au Etats-Unis. Elles seront opérationnelles en 2008 et la construction en série de leurs vecteurs hypersoniques, impossibles à intercepter a commencé. Il pourrait être le temps, pour la France, et pour tous les pays de l’Eurasie qui en font partie, de quitter l’OTAN afin d’adhérer à l’OSC. Ne serait-ce que pour permettre aux troupes d’élite française de ne plus être empêchées de liquider Ben-Laden puisque, semble-t-il, elles en sont seules capables.

Renaud Delaporte

Par Kochab
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Mercredi 4 avril 2007
Au terme de longues tournées de Condoleeza Rice au Moyen-Orient, nous assistons à une volte-face dans la politique de l'administration Bush. Il n'est plus question d'agression directe contre l'Iran. Le nouvel ordre du jour consiste d'une part à restreindre les capacités économiques et diplomatiques des mollahs, d'autre part à communiquer avec le peuple iranien. Deux communiqués publiés par département d'Etat témoignent de ce changement de cap.

Le premier, daté du 26 mars, souligne que " l'adoption de sanctions des Nations unies (le 23 décembre) contre le programme nucléaire iranien est l'un des éléments centraux " de la politique américaine envers l’Iran. Il se réjouit de l’aggravation prévue dans la résolution votée le 24 mars et pense qu’elle encouragera les États membres de l'ONU à réduire leurs crédits d'exportation accordés à des entreprises commerçant avec l'Iran. D’après un article du Figaro paru le 3 avril, " Cette mise au ban de l'Iran aurait même découragé nombre de banques et d'entreprises européennes en relations avec ce pays paria. L'objectif est d'accentuer la marginalisation du gouvernement d'Ahmadinejad au profit de personnalités plus modérées. "

Le deuxième communiqué, daté du 2 avril, pourrait paraître un remord tardif. Il relate que : " Après un quart de siècle d'éloignement réciproque, les États-Unis cherchent à entrer en communication directe avec le peuple iranien dans l'espoir de tisser des liens plus étroits et de faciliter la compréhension entre les Iraniens et les Américains. " Un quart de siècle durant lequel le peuple iranien subit les avatars d’un régime féodal mis en place, selon le Shah Reza Pahlavi lui-même, par la CIA. La suite du communiqué, rédigé dans cette litote diplomatique propre aux agences de presse gouvernementales, sous-entend que les mêmes services spéciaux offrent leurs bons et loyaux services à quiconque s’emploierait à renverser le régime. Ce qu’Américains et Britanniques ne peuvent obtenir par une guerre ouverte, ils l’obtiendront par le terrorisme et la guerre civile. Personne ne peut leur ôter cette compétence inhérente à toute puissance coloniale. Un reportage réalisé par la chaîne ABC, citée par RIA Novosti, se référant à des sources au sein du gouvernement pakistanais indique qu’une campagne secrète contre l'Iran avec recours à la Jundullah avait été décidée au cours de négociations menées au Pakistan entre le vice-président des Etats-Unis, Richard Cheney, et le président pakistanais, Pervez Musharraf.

Derrière cette volte-face, la nette opposition à toute agression ouverte envers l’Iran de la part des alliés traditionnels des USA dans la région. Après les Turcs, Pakistanais et Saoudiens se désolidarisent de leur encombrants protecteurs et de leurs manières de cow-boy. Les premiers, par la voix de leur Premier ministre, considèrent que le dialogue doit être repris avec l’Iran. Chez les seconds, le souverain lui-même estime que l’occupation en Irak a assez duré. Tous ont compris la leçon de l’après-Saddam : la chienlit pour la population, la potence pour le dirigeant. La protection américaine n’est plus une assurance vie pour personne.

Dernière banderille plantée dans le dos de l’administration Bush : selon l’agence iranienne Irna, le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, a affirmé que les droits nucléaires de la République Islamique d'Iran " doivent être officiellement reconnus. "

Nous aurons tout le temps d’ironiser sur une stratégie qui veut tout à la fois rétablir le dialogue avec une population et lui couper les vivres, désirer des échanges sincères et soutenir le terrorisme parmi ses opposants. Après les deux guerre du golfe, l’Afghanistan et les projets d’intervention directe en Iran, cette cinquième scène de la guerre pour le Moyen-Orient va s’inscrire dans la durée. N’empêche : il s’agit bel et bien d’un cuisant revers pour ceux dont le scénario envisageait la domination de la région par les armes du Moyen-Orient en moins de cinq ans. Pour l’instant, il est bien tôt pour savourer ce qui pourrait rentrer dans l’histoire comme le plus cuisant revers jamais opposé à l’expansion américaine depuis Fort Alamo. Retenons l’épisode pour ce qu’il vaut : les Mexicains ont bel et bien dû abandonner le Texas. L’histoire pourra se répéter sous d’autres formes, la diplomatie devenant, par sa nature même, une poursuite de la guerre par d’autres moyens. L’enjeu, lui, demeure entier. Américains et britanniques ne peuvent accepter de s’être battus au Moyen-Orient depuis si longtemps - seize ans pour les premiers, bientôt trois siècles pour les seconds - et devoir au bout du compte renoncer à toute influence sur l’Etat-clé du transit de marchandises entre l’Europe et l’Orient, première région productrice d’hydrocarbures de la planète.

Notons en premier lieu qu’il s’agit de renverser Ahmadinejab, pas les mollahs : on doit certainement pouvoir s’entendre avec des gens si propres sur eux, malgré quelques jeunes femmes mineures pendues ici ou là et d’autres incartades sur lesquelles il serait malséant de s’étendre ici. L’administration Bush, sans doute poussée par l’expérience britannique, rêve encore d’une collaboration douce avec un clergé soumis.

En deuxième lieu, nous relèverons les aléas de cette curieuse promenade en mer, certes un peu improvisée, mais qui au total arrange tout le monde. L’Iran passe pour le diable : les mollahs se produisent dans leur meilleur rôle. L’Angleterre brandit cette pudibonderie dans laquelle elle excelle, paraissant sidérée que les cartes de l’Amirauté (au demeurant excellentes) ne déterminent plus le tracé des frontières internationales. Les Américains ont brandi le sabre de l’intransigeance, les Russes ont désigné ce sabre à la vindicte des foules pour que rien ne manque au scénario : qui se plaindrait du spectacle ? .Les marins, pour leur part, ont fait de très honorables victimes - so british !

Subrepticement, on est même parvenu à retrouver un conseiller d’ambassade iranienne indûment jeté dans les geôles irakiennes afin de le renvoyer chez-lui, à Téhéran. Une façon de retrouver le sens du dialogue en quelque sorte. Et de permettre que personne ne perdre la face, Ahmedinejab s’offrant le luxe très oriental de relâcher ses otages devenus inutiles sous la forme d’un " cadeaux ". 

Pendant ce temps, les revenus d’un baril de pétrole à 65 dollars irriguent les comptes en banque. Attendons le prochain épisode. Le suspens : il n’a rien été inventé de plus efficace pour soutenir les cours.

La croisière s’amuse. Drôle de guerre.

Renaud Delaporte


Par Kochab
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Mardi 30 octobre 2007
Deux mille quatre cent milliards de dollars. C’est le coût pour les citoyens étasuniens, à l’échéance de 2017, de la guerre menée en Irak et en Afghanistan compte tenu des intérêts des emprunts. Ce montant ne tient pas compte des dépenses supportées par les pays de la coalition. Il représente le cinquième du PIB des USA, 8000 dollars par états-unien ou 24 000 dollars par irakien et par afghan. Face aux objectifs proclamés et aux résultats atteint, il convient de s’interroger sur les véritables bénéficiaires de cette somme. Ce ne sont pas les citoyens américains.

Les résultats attendus par les citoyens américains de l’intervention au Moyen-Orient, la restauration de la démocratie et la lutte contre le terrorisme, semblent désormais inaccessibles.

L’Irak a basculé dans une guerre civile et les actions terroristes ne cessent de se répandre comme un incendie, en Irak, en Afghanistan, ou en Turquie avec le PKK.

Que l’on ne me fasse pas ici le procès du cynisme qui consisterait à regretter que l’on dépense tant l’argent face à la nécessité d’instaurer la démocratie, à éradiquer les actions terroristes et à instaurer la paix sur la planète. Face à des enjeux aussi cruciaux, la question est au contraire de savoir si ces moyens sont employés de façon efficiente.  En remettant le pouvoir à l’équipe Bush, l’électeur américain lui a donné les clés du coffre avec le mandat d’en faire bon usage, de lui assurer un meilleur confort de vie, une plus grande sécurité, dans le respect des valeurs démocratiques auxquelles il est attaché. Toutes ces choses constituent la quadrature du cercle électoral, défi auquel chaque candidat prétend savoir répondre. Les sommes engagées dans le conflit au Moyen-Orient, plus que tout autre indicateur, attestent que les objectifs réels divergent radicalement de ceux qui ont été proclamés.

Afin de faire face à ces dépenses, l’équipe au pouvoir aux Etats-Unis a refusé d’accorder le minimum de protection sociale demandée par les plus démunis de ses électeurs. Elle creuse les déficits publics ce qui met en péril sa monnaie. Elle endette lourdement sa population. Asphyxiés par une économie de guerre et par l’augmentation des coûts de l’énergie qui en résulte, les Etats-Unis s’apprêtent à faire face à un accroissement important du nombre de faillites et donc du chômage.

Les libertés individuelles sont en recul. L’habeas corpus a été supprimé. Les citoyens peuvent être séquestrés sans jugement. Quarente-cinq mille personnes sont interdites de vol aux USA - pour nous, français, comprendre TGV - et un nombre plus grand encore figure sur une liste des personnes à surveiller pour avoir mis en cause la politique actuelle. Une recherche sur Google avec les mots " watch list " est proprement édifiante. Il faut que la notion de démocratie américaine soit profondément gravée dans les esprits pour que l’idée de la mise en place d’une dictature ne puisse encore paraître acceptable. Comment appeler autrement cette dérive ? Qu’en serait-il de l’image d’un Chavez ou d’un Poutine si leur police interdisait le déplacement de ses citoyens et fouillait régulièrement les élus de l’opposition ?

Le mandat des électeurs américains à ses dirigeants comportait-il ces clauses ?


Le conflit au Moyen-Orient a déplacé et ruiné des millions d’Irakien, provoqué une guerre civile qui a coûté la vie à des centaines de milliers de personnes. Il a relancé la production d’opium en Afghanistan jusqu’à constituer 60 % du PNB de ce pays. Cet opium revient en occident détruire la santé mentale et physique de milliers de personnes. Les revenus qu’ils procurent sont considérables. À qui profitent-ils ?

Les électeurs américains étaient persuadés que l’intervention au Moyen-Orient ramènerait la démocratie et témoignerait de ses valeurs auprès des populations concernées. Le résultat obtenu est exactement inverse. Jamais l’image des Etats-Unis n’a été aussi basse dans la région occupée, et dans le monde en général.

Deux réunions internationales entre les pays limitrophes de la Caspienne puis les pays limitrophes de l’Irak les ont amenés à se prononcer contre l’utilisation de leur territoire pour la poursuite de cette offensive. Elles ont constitué un front anti-américain auquel Nasser lui-même n’aurait jamais rêvé. Cette coalition d’intérêt régionaux procure à la Russie et à la Chine, qui la favorisent, un poids diplomatique que ni la puissance soviétique, ni Mao Zedung n’ont pu obtenir dans cette partie du monde.
Chacun des 200 millions d’électeurs américains va payer 12000 dollars pour entraîner sa nation dans un recul diplomatique sans précédent. Qui peut accepter que le produit de son travail soit dévolu à dévaloriser les valeurs qu’il tient pour essentielles ? Est-ce pour parvenir à ce résultat qu’ils ont porté l’équipe Bush au pouvoir ?

Sur le plan militaire, la déroute est totale. Des officiers généraux avouent en privé que l’Afghanistan est perdu. L’armée américaine subit l’humiliation de voir ses GI refuser de façon fréquente d’obéir aux instructions qu’ils reçoivent, réduisant leurs patrouilles à un stationnement dans un endroit tranquille.

La vulnérabilité des Etats-Unis en tant que hyper puissance apparaît de jour en jour. En Irak, tuer du GI est devenu un sport national. Aux USA même, la révolte des états-majors ne cesse de s’amplifier. On leur attribue la destruction d’un satellite d’observation nécessaire aux opérations en Iran et l’échec du transfert de missiles armés de bombes nucléaires vers le théâtre des opérations. Le gouvernement des Etats-Unis a perdu la confiance de ses propres forces armées. Doit-on se réjouir que, par ces actes de désobéissance, l’armée américaine s’honore de répondre à l’aspiration du plus grand nombre de ses habitants de mettre fin à cette guerre absurde ? Elle témoigne de l’intervention nécessaire de l’armée dans le fonctionnement même de la démocratie !

Rares sont les précédents dans l’histoire où un aussi petit nombre d’hommes aura utilisé une aussi grande quantité d’argent pour des conséquences aussi déplorables !


Pour quel objectif ?

Si l’enjeu de ce conflit était de détruire des armes de destruction massives, ce à quoi plus personne ne croit, un renforcement des inspections ou le contrôle de forces de l’ONU n’aurait pas coûté plus du millième des sommes investies dans le conflit. Pourtant, l’argument a été repris envers l’Iran et justifie encore des menaces de guerre. (Notons en passant que l’opinion publique va devoir modifier ses croyances : cette rhétorique est de nouveau abandonnée.)

La lutte contre le terrorisme ne serait-elle pas infiniment plus efficace et moins coûteuse si elle s’employait à mettre hors d’état de nuire toutes les personnes et les organismes qui en assurent le financement ?. À l’heure où toutes les transactions bancaires peuvent être suivies à la trace, remontant les filières du financement des attentats du 11 septembre, la première des choses ne consisterait-elle pas à vérifier sérieusement pourquoi les services secrets d’un Etat effectuent des virements importants à d’obscurs étudiants ? L’efficacité de l’action des services spéciaux, infiniment moins gratifiante pour un gouvernement que des déclarations tonitruantes d’un président sur le pont d’un porte-avion, l’emporte sur le terrain à tout déploiement massif de forces armées. Les crédits affectés dans ce domaine sont autrement efficaces que l’emploi de troupes blindées ou de chasseurs supersoniques.

N’est-il pas également urgent de contraindre les paradis fiscaux, chambres officielles de blanchiment, à rendre des comptes ? Alors qu’aucune démocratie ne peut faire l’économie d’une surveillance efficiente des sommes circulant illégalement, jamais ces sommes n’ont été aussi importantes. En suivre le fil conduirait à dévoiler les collusions entre les services de renseignements engagés dans la déstabilisation des gouvernements, les trafics de drogue, les trafics d’armes et la corruption des hauts personnages des Etats dont l’Irangate représente l’archétype. L’absence de volonté à entreprendre un grand nettoyage dans ces écuries d’Augias mesure de façon certaine et inquiétante l’écart qui sépare l’idée que nous nous faisons d’une démocratie et la glauque réalité sur laquelle nous surnageons, faussement innocents. Le terrorisme armé est l’enfant caché du terrorisme financier qui règne en maître sur les transactions économiques.

Si l’enjeu de ce conflit est la maîtrise des sources et de l’approvisionnement de pétrole, nous sommes en droit de nous poser la question de la fonction même des traités internationaux. Qui peut prétendre honnêtement qu’un traité international coûte 2500 milliards de dollars ? Pour négocier, il faut venir en position de force. À tout vouloir, les Américains se sont affaiblis au point de risquer maintenant de tout perdre au profit de la Russie et de la Chine qui se seraient contentés, il y a quelques années encore, d’une part du gâteau. Les dernières sanctions financières contre l’Iran amplifient encore ce risque.


Les Seigneurs de la guerre

Le dollar ne tient que par sa position de monnaie des transactions des matières premières. Le pouvoir US est tombé dans les mains des propriétaires des banques émettrices de dollars qui s’enrichissent de toutes les transactions, légales et illégales, effectuées dans cette monnaie. Les sommes englouties dans la guerre au Moyen-Orient ne sont pas perdues pour elles. Ces banques contrôlent le système militaro-industriel, et ne s’en cachent pas. Leur aventurisme militaire augmente notablement leur fortune, leur puissance, élargit leur influence dans la sphère politique. Qu’importe le chaos : il produit bien plus de richesses qu’un moulin à farine !Le coût exorbitant de la guerre au Moyen-Orient n’est justifié qu'à travers l’appropriation de ces sommes par un très petit nombre de Seigneurs de la Guerre.

Malgré les avertissements d’Eisenhower, le système électoral américain ne parviendrait-il plus qu’à porter au pouvoir tel ou tel chargé de représentation de leur commerce ? Dans ce cas, ces 2400 milliards de dollars sont une taxe prélevée sur notre indigence, sur notre faiblesse, sur notre incapacité à admettre que ceux qui prétendent nous représenter nous utilisent pour assouvir leur volonté de puissance et sanctionnent notre avœuglement à ne pas le reconnaître.

Ne jetons pas la pierre aux électeurs d’outre-Atlantique : nous allons entériner un traité Européen liant de façon irrémédiable notre diplomatie à celle de Washington par le biais de l’OTAN.

Avons-nous encore le courage de la démocratie ?
Par Kochab
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Verbatim

La planète peut accueillir tous les êtres humains mais non toutes leurs convoitises. (Gandhi)

Le pouvoir est devenu le passage obligé de ceux qui, à tout prix veulent acquérir des richesses faciles. (
Félix Ngoussou - Tchadforum)

Nous n’avons pas besoin de la France car nous avons maintenant des amis comme les Etats-Unis." (
Abdelaziz Bouteflika)

[Sarkozy] est encore perdu quelque part au milieu de l’atlantisme. (Jean-Philippe Immarigeon - Sarko L'Américain)

L’âge de pierre ne s’est pas terminé par manque de pierre ; l’âge du pétrole ne se terminera pas par manque de pétrole. (Cheikh Ahmed Zaki Yamani, ancien ministre du Pétrole en Arabie Saoudite.)

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