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Guerres et conflits

Samedi 10 février 2007

Zbigniew Brzezinski lance une bombe politique

Un ancien conseiller américain à la sécurité déclare que Bush cherche un prétexte pour attaquer l'Iran

Par Barry Grey, à Washington
5 février 2007


Témoignant devant la commission sénatoriale sur les relations avec l'étranger jeudi passé, Zbigniew Brzezinski, conseiller à la sécurité nationale dans le gouvernement du président  Jimmy Carter, a émis une critique acerbe de la guerre en Irak et averti que la politique de l'administration Bush menait inexorablement à la guerre avec l'Iran, avec des conséquences incalculables pour l'impérialisme américain au Moyen-Orient et internationalement.

Brzezinski, qui s'était opposé à l'invasion de l'Irak en mars 2003 et qui a publiquement dénoncé la guerre comme étant une erreur monumentale de politique étrangère, a commencé ses remarques sur ce qu'il a nommé " le choix de la guerre " en Irak en qualifiant cette guerre de " calamité historique, stratégique et morale ".

" Entreprise sur la base de fausses hypothèses, " a-t-il continué, " elle mine la légitimité des Etats-Unis partout dans le monde. Ses victimes civiles collatérales ainsi que certains abus ternissent la réputation morale des Etats-Unis. Menée sur la base de principes manichéens et d'un orgueil impérial démesuré, elle intensifie l'instabilité régionale. "

Brzezinski a raillé " la lutte idéologique décisive " contre l'islam radical des discours de Bush comme étant " simpliste et démagogique ", et l'a qualifiée de " récit historique mythique " utilisé pour justifier une " guerre qui dure et qui est potentiellement en expansion ".

" Argumenter que les Etats-Unis sont déjà en guerre dans la région contre une menace islamique plus large, dont l'Iran est l'épicentre, consiste à faire la promotion d'une prophétie dont on provoque la réalisation. "

Ce qui est encore plus étonnant et inquiétant c'est sa description d'un " scénario plausible de conflit militaire avec l'Iran. " Cela impliquerait, a-t-il suggéré, " le fait pour l'Irak de ne pas atteindre les objectifs fixés, suivi d'accusations sur la responsabilité de l'Iran dans cet échec, puis enfin par une provocation en Irak ou par un attentat terroriste aux Etats-Unis attribué à l'Iran , culminant en une opération militaire "défensive" des Etats-Unis contre l'Iran qui plonge une Amérique solitaire dans un bourbier toujours plus vaste et plus profond finissant par englober l'Irak, l'Iran, l'Afghanistan et le Pakistan. " [italiques ajoutés]

Voilà assurément un avertissement lancé au Congrès américain, truffé de guillemets, dans lequel l'auteur indique qu'il doute du caractère " défensif " de l'action militaire en préparation et que l'administration Bush cherche plutôt un prétexte pour attaquer l'Iran. Même s'il ne l'a pas dit explicitement, Brzezinski n'était pas loin de suggérer que la Maison-Blanche était capable de concocter une provocation " comme un éventuel attentat terroriste aux États-Unis " afin de fournir le casus belli nécessaire pour la guerre.

Qu'une personnalité comme Brzezinski, qui a des décennies d'expérience aux plus hauts échelons de l'establishment des Affaires étrangères des États-Unis et qui entretient des liens des plus étroits avec l'armée et les services de renseignement, lance une telle mise en garde lors d'une audience publique du Sénat américain est extrêmement sérieux et significatif.

Brzezinski sait de quoi il parle, ayant lui-même organisé des provocations de son cru alors qu'il était conseiller à la sécurité nationale sous Jimmy Carter. À ce poste, comme il l'a depuis admis publiquement, il avait élaboré un plan secret à la fin des années 1970 pour mobiliser les moudjahiddin fondamentalistes islamiques afin qu'ils renversent le régime prosoviétique en Afghanistan et entraînent l'Union soviétique dans une guerre désastreuse dans ce pays.

À la suite de son introduction, et en réponse aux questions des sénateurs, il a de nouveau évoqué le risque d'une provocation.

Il a attiré l'attention des sénateurs sur un reportage du New York Times , paru le 27 mars 2006, concernant " une rencontre privée entre le président et le premier ministre Tony Blair, deux mois avant la guerre, et qui se basait sur un mémorandum rédigé par le représentant britannique présent à cette rencontre ". Dans l'article, a affirmé Brzezinski, " on cite le président qui déclare être inquiet du fait qu'il risque de ne pas y avoir d'armes de destruction massive à trouver en Irak, et qu'il est nécessaire de réfléchir pour trouver d'autres prémisses pour entreprendre cette action. "

Brzezinski continue : " Je vais juste vous lire ce qu'apparemment ce mémo disait, selon le New York Times  : "Le mémo affirme que le président et le premier ministre avaient reconnu qu'aucune arme non conventionnelle n'avait été trouvée en Irak. Confronté à la possibilité de ne pas en trouver avant l'invasion prévue, M. Bush avait parlé de plusieurs moyens de provoquer une confrontation. " 

" Il a décrit les différents moyens de le faire. Je ne vais pas entrer dans le détail... Les moyens étaient plutôt extraordinaires, du moins l'un d'entre eux. 

" Si l'on considère que l'on a affaire à un ennemi implacable qu'il faut écarter, cette ligne de conduite, peut dans certaines circonstances, être tentante. Je crains que si la situation en Irak continue à se détériorer et que si l'Iran est perçu d'une manière ou d'une autre comme étant impliqué voire responsable, ou bénéficiaire potentiel de cette situation, cette tentation pourrait se présenter. "

A un autre moment, Brzezinski a fait une remarque sur les méthodes de conspirateur de l'administration Bush qu'il a presque décrit comme une cabale. " Je suis perplexe, a-t-il dit, de voir que des décisions stratégiques majeures semblent être prises par un cercle très restreint de personnes - quelques-unes seulement, une poignée probablement, peut-être pas plus nombreux que les doigts de ma main. Et ce sont ces mêmes personnes, à une exception près, qui ont pris la décision initiale d'entrer en guerre et ont utilisé les justifications initiales pour entrer en guerre. "

Aucun des sénateurs présents n'a tenu compte de l'avertissement absolument clair de Brzezinski. Les démocrates en particulier, mous, complaisants et complices des conspirations de guerre de l'administration Bush n'ont rien dit sur le danger, clairement mentionné par le témoin, d'une provocation.

Suite à l'audience, le reporter du WSWS a demandé à Brzezinski directement s'il suggérait que cette éventuelle provocation pouvait émaner du gouvernement américain lui-même. L'ancien conseiller national à la sécurité est resté évasif.

L'échange suivant a eu lieu :

Q : Dr Brzezinski, à votre avis, qui conduirait cette éventuelle provocation ?

R : Je n'en sais rien. Comme je l'ai dit, on ne peut jamais prédire ces choses. Cela peut être spontané.

Q : Suggérez-vous qu'il y ait une possibilité qu'elle émane du gouvernement américain lui-même ?

R : Ce que je dis c'est que toute cette situation peut échapper à tout contrôle et toutes sortes de calculs peuvent créer une situation dont il serait très difficile de remonter aux origines.

 (Article original paru le 2 février 2007)
 

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Source : wsw.org





Par Kochab
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Dimanche 11 février 2007
La phrase est lâchée : l’Amérique est face à un conflit " existentiel ". Soit l’Iran passe sous son contrôle, soit l’existence même de ses valeurs démocratiques est remise en question. Cette affirmation possède en elle-même le germe de sa crédibilité. Si elle n’était pas prononcée, elle serait fausse. Son énoncé la rend plausible. Comme il est plausible aussi que la démocratie américaine ne survive pas à la folie expansionniste menée à la manière des néocons (que j’aime ce mot !).
Ci-dessous, les extraits d’un article dont on espère qu’il n’a aucune valeur prophétique.


Un Conflit "Existentiel"

ACCUSER L'IRAN DE "GENOCIDE" AVANT DE L'ATOMISER

Par Gary Leupp

CounterPunch, 8 février 2007
article original : "Charging Iran with "Genocide" Before Nuking It"

Le mois dernier, dans une analyse très intéressante, l'ancien chef d'état-major de l'Armée Russe, le Général Léonide Ivashov, a prédit une attaque nucléaire des Etats-Unis contre l'Iran d'ici avril prochain. "Dans quelques semaines", a-t-il écrit, "nous allons voir une machine de guerre informationnelle se mettre en marche. L'opinion publique est déjà sous pression. Il y aura une hystérie militariste anti-iranienne croissante, des nouvelles fuites d'information, de désinformation, etc." J'ai bien peur que cela sonne juste.

Ensuite, il y a le Général Oded Tira, l'artilleur en chef des Forces de Défense d'Israël qui a déclaré le mois dernier qu'une "frappe américaine sur l'Iran est essentielle" pour l'existence même de l'Etat Juif. Suggérant que "le Président Bush n'a pas assez de pouvoir politique pour attaquer l'Iran", il a lancé un appel urgent au Parti Démocrate renaissant de travailler en direction de cet objectif israélien. "Etant donné qu'une frappe américaine sur l'Iran est essentielle pour notre existence", a-t-il déclaré, "nous devons l'aider à paver le chemin en faisant du lobbying auprès du Parti Démocrate (qui se conduit de façon stupide) et des rédacteurs en chef des journaux américains. Nous devons faire cela afin de transformer la question iranienne en sujet bipartisan et sans la relier à l'échec en Irak".

Tira a exhorté de façon explicite le lobby d'Israël aux Etats-Unis à "se tourner vers Hillary Clinton et les autres candidats démocrates potentiels à l'élection présidentielle américaine, afin qu'ils soutiennent une action immédiate de Bush contre l'Iran". Le lobby semble faire un très bon travail là-dessus, en dépit des critiques de Tira sur la stupidité des Démocrates. Tous les favoris démocrates à la présidentielle ont assuré à l'AIPAC [1] ou aux auditoires israéliens qu'il sont au moins aussi bellicistes vis-à-vis de l'Iran que l'impopulaire Bush. En attendant, l'accusation israélienne, selon laquelle l'Iran lui pose une menace "existentielle", portée l'année dernière par Ehoud Olmert devant le Congrès américain, s'est insinué dans le discours américain officiel.

Se référant d'une manière générale à la "guerre contre la terreur", définie de façon vague, Cheney a récemment déclaré à Fox News : "C'est un conflit existentiel. C'est la sorte de conflit qui va conduire notre politique pour les 20, 30 ou 40 prochaines années". Sa fille Elizabeth (Secrétaire d'Etat adjointe en charge des Affaires au Proche-Orient et liaison du vice-président avec le nouveau et sinistre "Bureau des Affaires Iraniennes") a écrit dans un édito du Washington Post , le mois dernier, "L'Amérique est confrontée à une menace existentielle. A un moment, quelque part, nous devrons combattre ces terroristes jusqu'à la mort. Nous ne pouvons pas négocier avec eux ou 'résoudre' leur Djihad". L'administration, toujours dirigée par les néocons rassemblés autour de Cheney, a embrassé la rhétorique israélienne consistant à faire des prophéties paranoïaques. Ils ont décidé d'attaquer la République Islamique, pour mettre fin à son existence, pour l'autodéfense d'Israël et de l'Amérique. Pour obtenir le soutien, ils doivent semer la peur et diaboliser l'Iran, en faisant monter la rhétorique semaine après semaine.

La "machine de guerre informationnelle" à laquelle Ivashov fait allusion a déversé la désinformation plus vite que ne peut le digérer le public. Il n'y a aucun doute que les rumeurs, même lorsqu'elles sont plus tard réfutées, peuvent utilement nuire aux réputations et préparer des cibles pour des attaques. Les néoconservateurs Straussiens [2] , qui ont fait campagne sans relâche pour imposer leurs Nobles Mensonges au peuple américain sur l'Irak jusqu'à l'attaque de ce pays en mars 2003, se fichent probablement pas mal si les mensonges qu'ils racontent aujourd'hui sur l'Iran sont exposés ci-dessous. Ce qu'ils veulent est un changement de régime, bientôt, et, par conséquent, un casus belli convaincant — ou deux.

(...)

Remarquez comment l'accusation contre l'Iran, articulée en Israël, forme le plus gros du dossier de l'administration Bush. Ça se présente à peu près ainsi : L'Iran est un Etat théocratique islamiste radical qui soutient les terroristes, y compris le Hezbollah chiite libanais (qui suit les enseignements de l'Ayatollah Khomeyni) et diverses organisations palestiniennes ; Ce pays est vaste, puissant et hostile à Israël, la seule démocratie au Proche-Orient ; Le régime iranien est antisémite : le Président Ahmadinejad nie l'Holocauste et appelle à ce qu'Israël soit "rayé de la carte" ; L'Iran cache l'existence d'un programme illégal d'armes nucléaires, un programme qui menace l'existence de l'Etat Hébreu ; Par conséquent, il est coupable de "planifier de commettre un génocide" — exactement comme cette incarnation du mal reconnue universellement, l'Allemagne Nazie.

(...)

Du point de vue des néocons (...), que peut-on faire pour terroriser à nouveau les Américains, comme avec la vision d'un nuage atomique au-dessus de New York ? Quelle image possède la même puissance terrifiante que cette dernière ? Mais, le génocide , bien sûr ! L'extermination consciente et diabolique de tout un peuple - dans ce cas, un peuple considéré par de nombreux Chrétiens évangéliques américains comme étant le Peuple Elu de Dieu, dont la restauration d'un Etat au 20ème siècle augure vraiment la Deuxième Venue du Christ tant désirée. Ce problème de génocide ressemble au problème idéal pour embarquer les Américains dans une attaque massive, probablement nucléaire, contre l'Iran.

En décembre, à la suite de quantités de discussions en Israël sur cette question, l'Ambassadeur sortant des Etats-Unis auprès de l'ONU, John Bolton [3] , a appelé la Cour Pénale Internationale de l'ONU à inculper Ahmadinejad pour "incitation au génocide". "Il est temps d'agir", a déclaré Bolton lors d'un symposium de la Conférence des Présidents des Organisations Juives Américaines Majeures. "Nous avons reçu des signes avant-coureurs, sans ambiguïté, sur ce que sont ses intentions". Il n'y avait apparemment aucun doute dans l'esprit de Bolton que l'Iran veut tuer tous les Israéliens. (Pour la petite histoire, Bolton a affirmé avec assurance, dans le passé, que les programmes de recherche pharmaceutiques largement admirés par Cuba sont en fait un paravent pour le développement d'armes biologiques. Le Département d'Etat lui-même, embarrassé et reconnaissant qu'il n'y avait aucune preuve pour cette accusation, a dû le faire taire.)

En décembre dernier aussi, l'ancien Premier ministre israélien et dirigeant du Likoud, Benjamin Netanyahou, a convoqué sept diplomates étrangers en Israël à un meeting pour les presser de se joindre à Israël dans des efforts pour mettre fin au programme nucléaire de l'Iran. Selon un reportage paru dans le quotidien israélien Haaretz , cette rencontre était "le premier événement dans une campagne internationale de relations publiques. Elle comprendra une proposition pour porter plainte contre le Président iranien Mahmoud Ahmadinejad, devant la Cour Pénale Internationale, pour crimes de guerre. Et ses plans pour commettre un génocide y seront présentés".

(...)

Les médias américains ont repris jusqu'à plus soif le reportage selon lequel Ahmadinejad a appelé à ce qu'Israël soit rayé de la carte. Cette acceptation terre à terre de la validité de cette citation a été une aide précieuse colossale pour les bellicistes diffamatoires. La déclaration en persan, qui a désormais été analysée et traduite par plusieurs experts occidentaux, ne fait en réalité aucunement référence à une quelconque carte. Ce qu'a dit Ahmadinejad, citant l'Ayatollah Khomeyni (qui est mort en 1989) était que "l'occupation de Jérusalem" sera "effacée de la page de l'histoire". [7] Cette déclaration un peu vague a été faite en langage poétique mais ne se réfère à aucune carte, sans parler d'un génocide. Pourtant Bolton et Netanyahou veulent que nous [les Américains] la lisions comme une intention claire d'Ahmadinejad voulant détruire tous les Juifs ! Ahmadinejad a utilisé cette citation dans un discours qui faisait remarquer que l'invasion soviétique de l'Afghanistan, l'Union Soviétique elle-même, et le régime de Saddam Hussein se sont terminés dans le temps, tandis qu'il maintenait que l'occupation israélienne de l'un des lieux les plus sacrés de l'Islam se terminerait aussi.

Il est vrai que le président iranien a fait des déclarations provocantes mettant en cause la réalité de l'Holocauste. [8] Mais ses pouvoirs politiques sont limités, il ne contrôle pas la politique étrangère et il est confronté à une critique substantielle de la part des autres membres de l'élite iranienne au pouvoir. Mohammed Khatami, le prédécesseur d'Ahmadinejad à la présidence de 1997 à 2005, et qui est toujours un acteur d'influence dans la structure du pouvoir en Iran, a pris ostensiblement ses distances des commentaires d'Ahmadinejad, déclarant à un auditoire arabe que l'Holocauste était "un fait historique". Mais il est aussi un partisan respecté du "dialogue entre les civilisations" qui, lorsqu'il était au pouvoir, cherchait à entretenir de meilleures relations avec les Etats-Unis, seulement pour se faire rembarrer. De toute façon, les Américains n'entendent pas beaucoup de différence entre les dirigeants iraniens : nous sommes encouragés à les voir tous comme menaçants et vils. En février 2003, lorsque l'assistant de Colin Powell, Richard Armitage, a dit de façon très détachée que l'Iran était une "démocratie", les néocons de Cheney lui sont tombés dessus.

(...)

En août 2006, Ahmadinejad a déclaré que l'Iran n'était une menace pour aucun pays, "pas même pour le régime sioniste". Récemment, le Président français Jacques Chirac a reconnu, dans un moment d'inattention honnête, que même si l'Iran possédait quelques armes nucléaires il ne serait toujours "pas bien dangereux". Il est ridicule de décrire le régime iranien comme une menace aux Etats-Unis, qui a la moitié du budget militaire total de la planète, des troupes basées dans 120 pays et des bases en Afghanistan et en Irak qui entourent (et menacent) l'Iran. En tant qu'ancien chef d'état-major du Secrétaire d'Etat Colin Powell, Lawrence Wilkerson a révélé que le Département d'Etat a reçu une proposition iranienne, mi-2003, de mettre fin à leur soutien aux groupes militants palestiniens, de coopérer avec les Etats-Unis pour stabiliser l'Irak et régler la dispute israélo-arabe et de rendre son programme nucléaire plus transparent. En échange, l'Iran a demandé que les Etats-Unis cessent de soutenir le groupe iranien Moudjahidin Kalk, basé en Irak, la suppression des sanctions économiques et la fin des hostilités américaines. Favorablement accueillie par Powell, cette ouverture a été rejetée de façon méprisante par le bureau de Cheney — un grand nombre d'ouvertures de la part de l'Irak et de la Syrie ont été auparavant sommairement rejetées par officiels qui déclaraient : "Nous ne négocions pas avec le Mal, nous le vainquons".

N'est-il pas évident qu'une attaque de l'Iran, quelle qu'elle soit, contre Israël ou les Etats-Unis résulterait en des conséquences inacceptables pour la République Islamique ? N'est-il pas évident que l'accusation de génocide portée par Netanyahou, qui aime dramatiser, fait partie d'une campagne générale de propagande dont l'intention est de paver la route à une attaque non provoquée contre une nation souveraine ? En Israël même, censé être marqué par l'anéantissement, la menace putative iranienne est amplifiée par certains, minimisée par d'autres. Ephraïm Halevy, l'ancien chef du Mossad, la redoutable agence d'espionnage, a récemment réfuté la notion selon laquelle l'Iran pose "une menace existentielle à Israël".


Gary Leupp est professeur d'histoire à la Tufts University et Professeur-adjoint de Religion Comparée

Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par [JFG/QuestionsCritiques]

Source : Question Critique
article intégral et notes 
Par Kochab
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Lundi 12 février 2007
D’un côté les informations surgissent de toutes les sources de l’Internet affirmant que les USA et Israël préparent une intervention musclée en Iran au plus tard en avril. Des portes avions, des missiles, des anti-missiles, des mouilleurs de mine. De l’autre, Bush affirme et réaffirme ne pas vouloir s’engager dans un conflit envers l’Iran et le Département d’Etat publie d’un avis d’expert prônant une campagne non militaire. Des mots, des démentis, des propos qui se veulent rassurants mais dont la répétition confirme plus qu’elle n’infirme l’ampleur des préparatifs. Et si l’avis des Bzrezinski et autres Schulte révélait une interrogation autrement dérangeante : les Etatsunis ont plus à perdre qu’à gagner dans un conflit contre l’Iran ? Le communiqué de Département d’Etat pourrait trahir des tergiversations au sein même de l’administration Bush. Y aller, oui, mais avec les Européens et sans prendre le risque de perdre seul la face si cela tournait mal. Téhéran, un pont trop loin ? Ci-dessous, le communiqué du Département d’Etat, où l’influence grandissante de l’Iran au Moyen-Orient est présentée comme un casus belli, complètement déconnectée de sa cause profonde : la déstabilisation de la région par les interventions répétées des Etatsunis et de leurs alliés en souffrance d’une hégémonie douloureuse à établir.



IRAN : UN RESPONSABLE AMERICAIN PRONE UNE CAMPAGNE NON MILITAIRE ET SOUTENUE

Propos du représentant des États-Unis auprès de l'Agence internationale de l'énergie atomique


8 février 2007

Par David Shelby
Rédacteur de l'USINFO


Washington - Les pays européens devraient se joindre aux États-Unis en vue de lancer une campagne non militaire visant à exercer des pressions sur le gouvernement iranien pour qu'il renonce à ses ambitions nucléaires, a déclaré le représentant des États-Unis à l'Agence internationale de l'énergie atomique, M. Gregory Schulte, devant des responsables militaires et civils de 31 pays réunis le 7 février, à Munich (Allemagne).

« Une campagne non militaire, si elle est sérieuse et soutenue et qu'elle jouit du soutien d'autres pays, a-t-il expliqué, est susceptible de réussir face à un gouvernement qui n'a pas rempli ses promesses sur le plan économique, qui a besoin des investissements étrangers pour accroître ses recettes publiques et qui se heurte à une opposition croissante dans le pays. »

L'influence de l'Iran « s'étend de façon inquiétante » au Moyen-Orient, des pays du golfe Persique et de l'Irak, où ce pays attise des tensions entre les chiites et les sunnites, aux territoires palestiniens, où il soutient ceux qui sont opposés au processus de paix du Proche-Orient. « Nous avons un intérêt commun à empêcher que l'influence de l'Iran prennent la forme d'un nuage nucléaire. »

La seule chose qui empêche l'Iran de se doter d'une arme nucléaire est la difficulté d'obtenir des matières fissiles, a-t-il fait remarquer en indiquant que ce pays faisait cependant des progrès dans ce domaine grâce à son installation d'enrichissement de l'uranium de Natanz et à la construction en cours d'un réacteur à eau lourde à Arak.

M. Schulte a rejeté les justifications de l'Iran au sujet de la construction de ses deux installations. L'Iran, a-t-il dit, n'a nullement besoin de produire de l'uranium enrichi parce qu'il n'a pas de réacteur nucléaire, à l'exception de celui en construction à Bushehr, qui est fourni par la Russie, ni de plans crédibles relatifs à la nécessité de construire de tels réacteurs. Un réacteur à eau lourde n'est pas du tout adapté pour produire des isotopes à des fins médicales comme le prétend l'Iran.

En revanche, l'uranium enrichi produit par l'installation de Natanz et le plutonium que le réacteur à eau lourde d'Arak devrait produire peuvent servir à construire des armes nucléaires. Étant donné la capacité prévue de ces deux installations, chacune d'elles est susceptible de produire suffisamment de matières fissiles pour une bombe nucléaire, moins d'un an après son entrée en fonctionnement.

Ces nouvelles capacités dans le domaine nucléaire risquent d'enhardir le gouvernement iranien. « Même sans faire exploser une seule arme nucléaire, a-t-il dit, les dirigeants iraniens pourraient être encouragés, du fait de la possession d'un arsenal atomique, à avoir recours à leurs armes classiques et à intensifier le terrorisme afin de réaliser leurs ambitions régionales. »

Les sanctions actuellement appliquées commencent déjà à avoir des effets sur l'Iran, a-t-il indiqué. Même avant l'adoption de la résolution 1737 par le Conseil de sécurité de l'ONU en décembre 2006, des banques et des sociétés multinationales commençaient à limiter leurs transactions financières avec ce pays et d'y réduire leurs investissements. Ces mesures ont encouragé, selon M. Schulte, le peuple et le Parlement iraniens à exercer des pressions politiques plus fortes sur le gouvernement du président Mahmoud Ahmadinejad.

Les pays européens, a-t-il souligné, pourraient exercer de plus grandes pressions sur Téhéran dans les domaines économique et politique. Ils pourraient supprimer les crédits à l'exportation pour les produits exportés en Iran et décourager davantage les transactions financières et les investissements des entreprises européennes.

M. Schulte a exprimé l'espoir que ce genre de pressions économiques et politiques pourra persuader l'Iran de faire ce qu'il a appelé « un choix positif, un choix constructif, un choix qui profiterait le plus au peuple iranien ». Le seul choix constructif, a-t-il dit, est pour l'Iran de respecter la décision du Conseil de sécurité exigeant qu'il suspende ses activités d'enrichissement de l'uranium et de production du plutonium.

Le 21 février, le directeur général de l'Agence internationale de l'énergie atomique, M. Mohamed El-Baradeï doit soumettre au Conseil de sécurité un rapport sur l'exécution par l'Iran des mesures exigées par cet organe de l'ONU. M. Schulte a souligné que si l'Iran ne s'était toujours pas plié aux exigences du Conseil de sécurité, celui-ci devait être prêt à envisager l'adoption de mesures plus persuasives. La résolution qu'il a votée en décembre, en vertu du chapitre 7 de la charte de l'ONU, autorise l'adoption d'une vaste gamme de mesures économiques, politiques et militaires au cas où l'Iran ne se conformerait pas à ses exigences.

Source : Département d'Etat
Par Kochab
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Dimanche 18 février 2007
par  Général Léonid  Ivashov


Mondialisation.ca , Le 16 fevrier 2007


Pour le général Leonid Ivashov, ancien chef d’état-major interarmes de la Fédération de Russie, il ne fait aucun doute que l’administration Bush planifie des frappes nucléaires contre l’Iran et que le Pentagone sera en mesure de les effectuer dans les prochaines semaines. Il ne fait pas de doute non plus que les États-Unis n’en seront pas dissuadés par les autres puissances nucléaires et qu’ils ne devront essuyer qu’une riposte conventionnelle. La seule inconnue réside dans l’approbation de ce projet ou dans l’opposition du Congrès des États-Unis.

Dans l’ensemble des informations en provenance du Moyen-Orient, on trouve un nombre croissant d’écrits affirmant que d’ici à quelques mois les États-Unis mèneront des frappes nucléaires contre l’Iran. À titre d’exemple le Kuwaiti Arab Times , citant des sources bien informées mais anonymes, rapporte que les États-Unis projettent de lancer une attaque à l’aide de missiles et de bombes sur le territoire iranien avant la fin du mois d’avril 2007. La campagne débutera depuis la mer et sera appuyée par le système de défense anti-missile Patriot de manière à épargner aux troupes états-uniennes une opération terrestre et réduire l’efficacité d’une riposte en provenance de " n’importe quel pays du Golfe persique " .

" N’importe quel pays " fait essentiellement référence à l’Iran. La source ayant communiqué l’information au journal koweïtien croit que les forces états-uniennes en Irak ainsi que les autres pays de la région seront protégés de toute frappe de missile iranien par les Patriot aux frontières.

Ainsi, les préparatifs d’une nouvelle agression états-unienne ont atteint leur phase de finalisation [ 1]. Les exécutions de Saddam Hussein et ses associés les plus proches constituaient une partie de ces préparatifs. Leur but était de servir d’ " opération déguisée " pour les efforts des stratèges états-uniens visant à envenimer délibérément la situation à la fois en Iran et dans tout le Moyen-Orient.

Évaluant les conséquences du geste, les États-Unis ont effectivement ordonné la pendaison de l’ancien dirigeant irakien et de ses associés. Cela démontre que les États-Unis ont irréversiblement adopté le plan de partition de l’Irak en trois pseudo-États : chiite, sunnite et kurde. Washington considère qu’une situation de chaos contrôlé l’aidera à dominer l’approvisionnement en pétrole du Golfe persique ainsi que d’autres voies de transport de pétrole stratégiquement importantes.

L’aspect de plus important de la question est qu’une zone de conflit sanglant sans fin sera créée au cœur du Moyen-Orient, dans laquelle les pays voisins de l’Irak, à savoir l’Iran, la Syrie et la Turquie (via le Kurdistan) seront inévitablement aspirés. Cela résoudra le problème de la complète déstabilisation de la région, une tâche de prime importance pour les États-Unis et particulièrement Israël. La guerre en Irak n’était qu’un pas dans une série d’étapes du processus de déstabilisation régionale. Ce n’était qu’une phase du processus les rapprochant d’un règlement de comptes avec l’Iran et d’autres pays que les États-Unis ont ou vont stigmatiser.

Néanmoins il n’est pas aisé pour les États-Unis de se lancer dans une campagne militaire de plus alors que l’Irak et l’Afghanistan ne sont pas " pacifiés " (les États-Unis manquent des ressources nécessaires pour le faire). En outre, les protestations contre la politique des néo-conservateurs de Washington s’intensifient partout dans le monde. En raison de tout ce qui précède, les États-Unis feront usage de l’arme nucléaire contre l’Iran. Il s’agira du second cas d’utilisation d’armes nucléaires au combat après l’attaque états-unienne de 1945 contre le Japon.

Les cercles militaires et politiques israéliens font ouvertement des déclarations sur la possibilité de frappes de missiles nucléaires sur l’Iran depuis octobre 2006, quand l’idée fut appuyée par George W. Bush. Actuellement on parle d’une " nécessité " de frappes nucléaires. On pousse l’opinion à croire que cette éventualité n’a rien de monstrueux et que, bien au contraire, une frappe nucléaire est relativement faisable. Il n’y a prétendument pas d’autre moyen d’" arrêter " l’Iran.

Comment les autres puissances nucléaires vont-elles réagir ? En ce qui concerne la Russie, dans le meilleur des cas son gouvernement se contentera de condamner les frappes, et au pire il déclarera que " même si les États-Unis ont fait une erreur, le pays-cible a lui-même provoqué l’attaque " - comme lors des frappes qu’a subi la Yougoslavie.

L’Europe réagira sensiblement de la même façon. Cependant, il est possible que les protestations de la Chine et d’autres pays vis-à-vis des attaques nucléaires soient plus importantes. Dans tous les cas, il n’y aura pas de représailles nucléaires à l’encontre des forces états-uniennes - l’administration Bush en est totalement sûre.

Les Nations Unies n’ont aucun poids dans ce contexte géopolitique. En ne condamnant pas l’attaque subie par la Yougoslavie, le Conseil de sécurité des Nations Unies en a partagé la responsabilité. Cette institution se contente d’adopter des résolutions que les Russes et les Français interprètent comme étant une renonciation à l’usage de la force, mais que les États-uniens et les Britanniques comprennent comme un " cautionnement " de leurs agressions.

Quant à Israël, il sera de façon certaine la cible des attaques de missiles iraniens ; il est alors possible que la résistance du Hezbollah et des Palestiniens devienne plus active. Les Israéliens se poseront en victimes, auront recours à des provocations pour justifier une agression, souffriront de dommages raisonnables et les États-Unis indignés finiront par déstabiliser l’Iran, en présentant cela comme un châtiment bien mérité.

Certaines personnes semblent croire que les protestations de l’opinion publique pourront arrêter les États-Unis. Je ne pense pas. Il ne faut pas exagérer l’importance de ce facteur. Par le passé, j’ai essayé pendant des heures de convaincre Milosevic que l’OTAN se préparait à attaquer la Yougoslavie. Pendant longtemps, il a refusé de l’envisager et me disait sans cesse : " Lisez donc la Charte de l’ONU. Pour quelles raisons pourraient-ils faire ça ? " .

Mais ils l’ont fait. Ils ont délibérément ignoré la législation internationale, et ils l’ont fait. Et quel est le résultat ? Bien sûr, l’opinion publique a été choquée et indignée. Mais les agresseurs ont obtenu exactement ce qu’ils voulaient : Milosevic est mort, la Yougoslavie est divisée et la Serbie est colonisée - les officiers de l’OTAN ont établi leur quartier général dans les bureaux du ministère de la Défense du pays.

Il est arrivé la même chose en Irak. L’opinion publique a été choquée et indignée. Or ce qui intéresse les États-Unis n’est pas l’ampleur de l’indignation, mais l’étendue des revenus de leur complexe militaro-industriel.

L’information selon laquelle un deuxième porte-avions états-unien devrait arriver dans le Golfe persique d’ici la fin du mois de janvier permet de faire une analyse de l’évolution possible du conflit. Pour attaquer l’Iran, les États-Unis emploieraient essentiellement la force nucléaire aérienne. Des missiles de croisière (transportés par des avions, des sous-marins et des bâtiments de surface) et, éventuellement, des missiles balistiques seraient utilisés. Selon toutes probabilités, les frappes nucléaires seraient suivies de raids aériens lancés depuis les porte-avions, ainsi que d’autres types d’attaques.

L’Iran possède une armée puissante et les forces US pourraient souffrir des pertes importantes. C’est inacceptable pour G. W. Bush, qui se trouve déjà en position délicate. Il n’est pas nécessaire de lancer une attaque terrestre pour détruire les infrastructures en Iran, inverser le développement du pays, engendrer la panique et créer un chaos politique, économique et militaire. C’est un objectif réalisable d’abord par le nucléaire, puis par les moyens de guerre conventionnels. Voilà l’utilité du déploiement de la flotte de porte-avions à proximité des côtes iraniennes.

Quels sont les moyens de défense de l’Iran ? Ils sont considérables, mais restent largement inférieurs aux forces . L’Iran possède 29 systèmes russes de missiles anti-aériens " Tor ". Ils constituent incontestablement un renforcement de la défense aérienne iranienne. Cependant, à l’heure actuelle, l’Iran n’a aucune protection assurée contre les raids aériens.

La tactique sera la même que d’habitude : d’abord, neutraliser la défense aérienne et les radars, ensuite attaquer l‘armée de l’air dans le ciel, puis à terre les installations de contrôle et les infrastructures, sans prendre de risques.

D’ici quelques semaines, nous verrons la machine de guerre informationnelle se mettre en mouvement. L’opinion publique est déjà sous pression. Nous allons assister à une sorte de montée hystérique anti-iranienne, de nouvelles " fuites " dans les médias, de la désinformation, etc.

Simultanément, tout cela envoie un message à l’opposition " pro-occidentale " et à une fraction de l’élite de Mahmoud Ahmadinejad pour qu’ils se préparent aux évènements à venir. Les États-Unis tablent sur le fait qu’une attaque de l’Iran engendre inévitablement le chaos dans le pays, pour ensuite corrompre quelques généraux iraniens et dès lors créer une " cinquième colonne " dans le pays.

Bien entendu, l’Iran et l’Irak sont des pays très différents. Cependant, si l’agresseur réussit à provoquer un conflit entre les deux branches des forces armées iraniennes, le Corps des gardes de la Révolution islamique et l’armée, le pays se retrouvera en situation critique, particulièrement dans l’hypothèse où, au tout début de la campagne, les États-Unis parviendraient à atteindre le dirigeant iranien et à mener une frappe nucléaire, ou une frappe conventionnelle massive par des moyens conventionnels, contre l’état-major du pays.

À ce jour, la probabilité d’une attaque des États-Unis contre l’Iran est extrêmement élevée. Que le Congrès états-unien donne l’autorisation pour cette guerre reste un fait encore incertain. Le recours à une provocation pourrait éliminer cet obstacle (une attaque sur Israël ou bien des cibles états-uniennes dont les bases militaires). L’ampleur de la provocation pourrait être de l’ordre des attentats du 11 septembre 2001 à New-York. Alors le Congrès dira certainement " oui " au président états-unien.


Le général Léonid Ivashov est ancien chef d’état-major interarmes de la Fédération de Russie. Il est aujourd’hui vice-président de l’Académie russe de géopolitique et membre de la conférence Axis for Peace

N.B. Cet article a été rédigé par le général Leonid Ivashov avant la déposition au Congrès du secrétaire états-unien à la Défense Robert Gates (6 février 2007) indiquant que Washington devait se préparer à une confrontation militaire avec la Russie et avant le discours du président Vladimir V. Poutine devant la Conférence sur la sécurité de Munich (10 février 2007) affirmant que Moscou ne laisserait pas les États-Unis décider seuls de la guerre ou de la paix [en Iran].

Source : mondialisation.ca
© Copyright Léonid Ivashov , Réseau Voltaire , 2007

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Par Kochab
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Lundi 19 février 2007
Salah  Almoukhtar, 7 décembre 2006

Traduit par Ahmed Manaï et révisé par Fausto Giudice


L’opération terroriste criminelle qui a visé des Iraquiens à la Cité de la révolution (actuellement Cité Sadr) et qui a coûté la vie à plus de deux cents personnes (le 23 novembre 2006, NdT) a aggravé dangereusement la situation en Iraq, d’autant qu’elle a été exploitée par les escadrons de la mort Safavides, dépendant de l’Iran, pour commettre des crimes égalant en horreur celui de la Cité de la révolution. Il y a eu en effet exécution publique de 30 musulmans sunnites, la destruction et l’incendie de mosquées avec les enfants, les femmes et les vieillards qui s’y étaient réfugiés, sans tenir compte le moins du monde qu’ils s’agissaient de lieux de culte musulmans imposant à tous leur respect.

 
Actuellement, chaque Iraquien qui souffre du terrorisme sanguinaire, connaît l’identité des terroristes et sait que ce sont les Usaméricains et l’Iran qui ont constitué les escadrons de la mort. Les Safavides en Iraq disent par contre que ce sont les Usaméricains, les Takfiris et les Saddamistes qui sont derrière les meurtres des chiites parce qu’ils sont chiites !

Il est temps de faire la lumière sur la réalité des escadrons de la mort en même temps que la position de l’Iran vis-à-vis de l’Iraq et de la nation arabe.


Les débuts

Des années avant l’occupation de l’Iraq, les partis politiques safavides (1) dépendant des services secrets iraniens, ont publié sur un site Internet, des listes comportant des centaines de noms de personnalités iraquiennes, de scientifiques et de militaires, les menaçant d’élimination dès la chute du régime national. Ces listes sont toujours en ligne et peuvent être retrouvées par le moteur de recherche Google.


Les personnalités visées

Il s’agit de l’élite scientifique, des meilleurs officiers de l’armée, des politiciens patriotes, des écrivains, des hommes de lettres et des artistes distingués. Le motif invoqué publiquement pour leur élimination physique et explicité en introduction de ces listes, est qu’il étaient des partisans du pouvoir national.

Bien avant l’occupation, des escadrons de la mort infiltrés de l’étranger, avaient liquidé des dizaines des personnalités iraquiennes figurant dans ces listes. Les auteurs en étaient des membres de la Brigade Badr, installée en Iran, où ils retournaient une fois leur forfait accompli.

Après l’occupation, les choses se sont précipitées dangereusement, puisque cette brigade et les escadrons de la mort qui en dépendent étaient rentrés en Iraq sur les pas des troupes usaméricaines et sous leur protection, suite à un accord entre les Anglo- usaméricains d’une part et le haut commandement safavide en Iran, ce dernier s’engageant à soutenir l’occupation de l’Iraq. La chasse à l’homme a commencé aussitôt. Ce sont les hommes de la brigade Badr qui se sont illustrés en premier dans la liquidation physique de milliers de spécialistes et d’experts scientifiques et aussi de personnalités politiques nationalistes arabes. Plus tard, l’armée Sadr suivit le pas et dépassa les autres en sauvagerie, surtout contre les chiites arabes iraquiens, accusés d’être les chiites de Saddam et parfois des chiites de Muawiya [2].

En plus de ces deux courants, pourvoyeurs en " escadrons de la mort ", il y a deux autres formations plus petites, le Hizballah (Iraquien) et Hizb Addawa, qui sont toutes des formations constituées, entraînées et armées par l’Iran depuis de nombreuses années. Ces escadrons de la mort s’étaient spécialisés dans la liquidation des pilotes et officiers qui avaient défait l’armée iranienne au cours de la guerre des 8 ans entre les deux pays, mais aussi des personnalités politiques de sensibilité nationaliste arabe et défendant l’arabité de l’Iraq et pas seulement des Baathistes. Il y avait aussi dans cette catégorie des écrivains, des artistes et des journalistes. Les " escadrons de la mort " ont réussi ainsi à éliminer des milliers d’Iraquiens.

Les " escadrons de la mort " safavides dépendant de l’Iran avaient aussi un autre objectif qui était de piller tous les équipements militaires et industriels iraquiens et de les transférer en Iran. C’est ainsi qu’il ne reste plus une seule usine debout en Iraq et que des centaines de moteurs modernes, d’avions militaires et de blindés ont pris la route de l’Iran.

Dans le premier gouvernement constitué sous l’occupation, les formations politiques supplétives de l’Iran, avaient tenu à obtenir les deux portefeuilles de l’Intérieur et de la Défense, ce que leur avaient consenti les Usaméricains, en accordant le premier à Bayane Jabr , un Iranien avant l’occupation et rebaptisé Soulagh après, et dont le nom est synonyme de " perceuse électrique " en Iraq et ailleurs, tant il généralisa l’usage de cet appareil pour martyriser les arabes iraquiens, chiites et sunnites sans distinction, jusqu’à ce que mort s’en suive. Au ministère de l’Intérieur, où les services de sécurité iraniens disposent d’une forte présence pour superviser le massacre des patriotes iraquiens, les agents de Soulagh s’ingéniaient à défigurer les milliers de victimes iraquiennes au point que leurs familles ne les reconnaissent pas et sont enterrées sous l’étiquette d’anonymes ! Jamais, on n’a connu dans l’histoire de l’Iraq autant de sauvagerie et de barbarie que celles pratiquées par " les escadrons de la mort " safavides iraniens.


Après Soulagh…Negroponte

Quand la résistance iraquienne a mis en échec les projets usaméricains et ceux de leurs alliés iraniens, l’administration usaméricaine envoya l’ambassadeur Negroponte, son meilleur expert en matière de massacres collectifs et dont le nom évoque " le choix salvadorien " qu’il avait mis en pratique lors de son passage au Salvador, en tant qu’ambassadeur de son pays. Le " choix salvadorien " est ce plan mis au point par les services secrets usaméricains, pour l’élimination physique de milliers de gens, jugés partisans de la lutte armée en Amérique Latine. Il s’agissait aussi de terroriser la population afin qu’elle arrête ou s’abstienne de soutenir la résistance. Negroponte a ainsi fait assassiner des dizaines de milliers de gens au Salvador, passant ainsi comme étant le pire des tortionnaires et des assassins que l’histoire de ce pays ait connus, tout comme l’est devenu l’iranien Soulagh pour les huit mille ans d’histoire de l’Iraq.

Negroponte a été nommé ambassadeur des USA pour une période courte mais d’une extrême gravité et quitta par la suite l’Iraq pour recevoir en cadeau le département de la Sécurité nationale. Au cours de cette courte période, il a organisé l’action des " escadrons de la mort " et défini leurs objectifs avec beaucoup de précision, ce qui leur donna rapidement une plus grande efficacité et une grande extension. Il coordonna aussi l’action des " escadrons " usaméricains et celle de leurs collègues israéliens, rentrés en Iraq après l’occupation, en les engageant dans la réalisation des mêmes objectifs.

Les " escadrons de la mort " usaméricains, dont certains étaient dirigés par Ahmed Chalabi , Mouwaffak Rebei et aussi par les Peshmergas kurdes et qui comptent des milliers de mercenaires iraquiens et étrangers, avaient un objectif principal, à savoir semer la terreur dans les rangs des Iraquiens. C’était le message transmis par les images des têtes coupées, retransmises à la télévision et attribuées à certains groupes de la résistance nationale. C’était aussi les viols des femmes et la sodomisation des hommes, les massacres collectifs perpétrés contre les innocents, avec pour message de convaincre les Iraquiens que les occupants ne connaissent aucune limite à leurs capacités de massacrer. C’est aussi l’assassinat de personnalités politiques et de chercheurs pour détruire la richesse scientifique du pays, mais aussi et surtout pour provoquer une guerre interconfessionnelle et en finir ainsi avec l’unité de l’Iraq.

L’organisation des " escadrons de la mort " ne relève pas d’une seule et unique autorité mais en fait de plusieurs. Une première relève du Mossad israélien, une seconde de l’Iran, une troisième de Barzani et de Talabani et la quatrième des services secrets usaméricains. Toutes agissent par contre pour l’élimination physique des scientifiques, des officiers et des patriotes avec un objectif stratégique qui consiste à préparer les conditions d’une partition du pays en trois Etats indépendants : un Etat kurde au nord, un deuxième sunnite au centre et un troisième chiite au sud. C’est le projet israélien connu depuis longtemps.
L’unité d’action des différentes organisations des escadrons de la mort, iraniennes ou usaméricaines, a connu certains problèmes dès lors que les Usaméricains se sont aperçus que l’occupation de l’Iraq n’a pas réalisé leur propre objectif, qui est de coloniser le pays, mais ceux de l’Iran et d’Israël. Certes l’occupation a réussi à détruire l’Etat iraquien et à ramener le pays, au plan de son développement économique et industriel, à l’âge de la pierre, comme James Baker en avait menacé Tarek Aziz avant l’agression des 30 pays coalisés en 1991, mais ce succès sert surtout Israël qui considérait l’Iraq et à sa tête Saddam Hussein comme la plus grave menace pour sa sécurité.

La destruction de l’Iraq sert aussi directement l’Iran que l’Iraq avait empêché, par sa victoire de 1988, d’exporter sa révolution safavide dans le monde musulman. Pour lui, la voie est désormais libre pour réaliser son projet.

Les Usaméricains qui ont dévasté l’Iraq avec l’aide de l’Iran, ont échoué aussi à redresser ses ruines et à le reconstruire par le biais de ses entreprises, moyennant des bénéfices extravagants, ni non plus à faire du nouveau Iraq, l’instrument souhaité pour construire son " grand Moyen-Orient " ou son " Moyen-Orient nouveau ".

Les Usaméricains ont certes occupé l’Iraq mais lamentablement échoué à le maîtriser et à l’exploiter et c’est pour cette raison qu’ils sont le principal perdant dans cette guerre.


Quels choix leur restent-il ? Le choix du pire

Quand les Iraniens se sont rendus compte que les Usaméricains s’apprêtaient à leur couper les griffes et à en finir avec leurs services secrets en Iraq, ils ont fait bouger leur " colonne iraquienne " afin d’occuper le sud et réaliser une partition confessionnelle en regroupant tous les chiites dans une même région. La réalisation de cet objectif safavide clair, rejoint certes les intérêts des Israéliens et des Usaméricains dans le démantèlement de l’Iraq, mais il a l’inconvénient de priver ces derniers des opportunités de pillage d’une région très riche en pétrole, puisque le sud serait entièrement sous domination iranienne.

La réaction usaméricaine est venue sous deux formes : une première qui encourage l’Iran à la partition du pays avec la scission d’une zone sud et sa constitution en Emirat confédéral, et une seconde consistant à lui couper les griffes dans le pays.

Ainsi, si la confrontation irano-usaméricaine en Iraq converge sur l’objectif de partition du pays, elle diverge par contre au niveau de leurs démarches réciproques. C’est alors qu’arrive l’explosion du mausolée de l’Imam Ali Hédi à Samarra pour constituer un point de rupture dangereuse, puisqu’il se révéla clairement que c’étaient les services secrets iraniens qui en étaient les auteurs, en accord total avec les Usaméricains, pour provoquer une vague de massacres sur base confessionnelle.

A ce propos on a constaté les faits suivants :

1) Depuis l’explosion du mausolée, c’est l’armée Sadr qui a pris les devants dans les actions de purification confessionnelle, alors que le rôle de la brigade Badr et des autres formations safavides s’est réduit à commettre des assassinats.

2) Les procédés utilisés par l’armée Sadr sont éminemment plus barbares que ceux des autres formations. Ainsi, si Soulagh procède à l’élimination de milliers de gens dans le secret des geôles du ministère de l’intérieur, l’armée Sadr assassine publiquement, fait des procès publics, accroche et brûle les cadavres de ses victimes en public et publie des communiqués reconnaissant tuer des sunnites pour venger les morts chiites !

3) Les opérations de l’armée Sadr se font le plus souvent sous la protection des troupes usaméricaines et celles du ministère de l’Intérieur et, dans les rares cas où elle entreprend seule ses actions, les troupes usaméricaines n’interviennent pas et la laissent finir ses crimes contre les Iraquiens.

4) Les troupes usaméricaines ont essayé parfois de s’attirer les bonnes grâces des victimes, rescapées des exactions de l’armée Sadr et arrivées au bord de la mort, en montant des actions ciblées contre certains éléments de l’armée Sadr mais jamais contre tous. Leur but est d’enrôler ces rescapés dans la nouvelle armée iraquienne et de les utiliser par la suite dans des actions d’envergure contre les chiites, avec pour mot d’ordre d’écraser les agents de l’Iran.

Ainsi les Usaméricains visent à mettre tout l’Iraq sur une montagne de crânes d’Iraquiens, œuvre d’autres Iraquiens mais avec les ordres des Usaméricains ou des Iraniens, avec pour conséquence naturelle, des haines inexpugnables et des vengeances jamais assouvies, mettant le pays dans une tourmente qui conduit inexorablement à sa partition, selon les visées israélo-irano-usaméricaines.

Une lueur d’espoir

A la lumière de ce qui précède, il apparaît clairement que l’escalade des opérations des escadrons de la mort traduit deux réalités :

1) La violence de la concurrence entre les Usaméricains et les Iraniens pour dominer l’Iraq, les conduit à mettre ce pays au bord du gouffre pour, d’un point de vue iranien, se le partager et, d’un point de vue usaméricain, le préparer à la partition mais après en avoir chassé l’Iran.

2) La deuxième réalité est celle créée par la résistance iraquienne, représentative de tous les Iraquiens, arabes, kurdes et turcomans, chrétiens et musulmans, sunnites et chiites, et qui est en passe de dominer l’ensemble de l’Iraq et de mettre en échec le projet irano-usaméricain. Cette nouvelle réalité est en train de surmonter la discorde et d’accélérer la victoire inéluctable sur les deux alliés objectifs, ce qui va sûrement les pousser à une confrontation très complexe ayant pour première victime le peuple iraquien.


N.B : cet article a été publié par le journal " 26 septembre ", organe des forces armées yéménites le 7 décembre 2006. Pour des raisons diplomatiques, l’auteur n’y avait pas cité nommément l’Iran et le fait aujourd’hui dès lors que l’article est publié hors du Yémen.


Notes

 
1 - La dynastie des Séfévides ou Safavides (en persan : , Safavi?n) régna sur l' Iran de 1501 à1732 . Ils sont la première dynastie iranienne indépendante à régner sur l'Iran depuis près de 1000 ans. Les Safavides sont à l'origine membres d'un ordre religieux soufi militant, les Qizilbash . C'est sous l'impulsion d' Ismaïl Ier , premier souverain safavide, qu'est décidée la conversion de l'Iran au chiisme duodécimain . Cette conversion résulte d'une volonté de s'affirmer face à la domination des Ottomans sunnites. La conversion permet de constituer les bases d'un Etat fort à partir d'une identité spécifique. Les safavides ont aussi utilisé leurs ressources afin de convertir un grand nombre d'Iraniens au chiisme . Sous les règnes des premiers safavides, l'Iran est devenu une théocratie : en effet, les partisans d'Ismail Ier le reconnaissent comme le murshid kamil , " le guide parfait " mais aussi comme une émanation de Dieu. (source : wikipedia.org)

2 - Muawiya Ier ou Mu`âwiya ibn Abî Sufyân () est né en 603 . Il est le fils de l'un des plus farouches adversaires du prophète Mohammed : Abû Sufyân ibn Harb . Il est le premier ommeyyade à porter le titre de calife en 661 . Il prend ce titre à `Alî à la suite d'une médiation entre `Alî et lui après la bataille de Siffin . Il meurt en 680 , son fils Yazid Ier lui succéde. Mu`âwiya est mort à Damas en 680 après avoir fait proclamer son fils Yazîd ben Mu`âwîya comme successeur transformant par là le califat électif en califat héréditaire.

Source : albasrah.net



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