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Le monde comme il est

Mardi 13 février 2007
Date de publication : 13/02/2007 - Rubrique : Faits et commentaires

Sarko-Cargo et la lutte finale

13 février 2007 — Notre ami Jean-Philippe Immarigeon a choisi une approche roborative et pleine d’ardeur pour commenter la campagne présidentielle française : les relations à venir de la France et des Etats-Unis, et tout ce qui va avec. Dans ce cas, il faut dire qu’il y a un candidat privilégié, qui s’est déjà signalé par ses frasques diverses. C’est donc de lui que l’on parle. Nous ne dirons pas de qui il s’agit parce qu’il est agréable de croire que le suspens existe encore au doux royaume de France.

Si la politique étrangère de Nico-Cargo, avec des portefaix type-Lellouche, s’avérait bien être celle que nombre de petits signes font craindre, nous allons rire. Il nous semble que, dans cette hypothèse, et sans dramatiser précisément, pour la première fois depuis 1940 le concept de dissidence et l’idée physique de résistance deviendraient justifiables en royaume de France.

Il est également fort possible, — c’est notre nuance à nous qui sommes évidemment sans la moindre certitude, — que, cédant à l’adage que “la fonction crée l’organe”, Sarko-Cargo s’aperçoive qu’il n’existait pas et qu’il renaisse incapable de faire une autre politique que celle que la tradition, la psychologie et les institutions françaises réformées de 1958-62 invitent à faire, quasiment manu militari . Comme on voit, nous, à dedefensa.org , nous sommes partagés et cultivons également l’art du suspens.

Ah oui, on oubliait : il est possible que Nico-Sarko ne soit pas élu.

On verra.

(En attendant de voir, et d’une façon plus générale, dépassant le cas du seul Nico-Sarko-Cargo, ne cachons pas notre affliction considérable et notre dédain fatigué … — d’apprendre que, tout à l’heure, à 19H30 paraît-il, à l’invitation bien-pensante du CRIF, l’essentiel de la France-chic candidate comme il faut sera semble-t-il rassemblé à la Mutualité, comme aux grands jours, pour se manifester “contre la menace iranienne”. Apprendre que nous surprenons parfois certains lecteurs qui se demandent si nous sommes de droite ou de gauche et concluent que nous sommes inclassables nous remplit d’un étrange soulagement. Si les vedettes annoncées sont là, nous saurons que l’égalité règne dans le beau royaume de France. Non seulement on y trouve “la droite la plus bête du monde”, mais aussi le centre et la gauche les plus bêtes du monde. [Ceux qui, hier, étaient annoncés présents selon leur accord de principe : François Bayrou, Nicole Borvo, Bertrand Dalanoe, François Léotard, Christian Poncelet, Ségolène Royal, Nicolas Sarkozy.])

En attendant (bis) et avant l’événement de l’élection et l’éventuelle entrée en résistance, c’est à nous, chroniqueurs du réseau heureusement dissident de la grande presse MSM, de faire notre travail de polémiste. Immarigeon s’y emploie avec entrain. Par ailleurs, il nous rappelle l’énigme centrale du cas Sarko-Nico-Cargo : le prétendant-candidat-favori-Président était-il ou non surélevé lorsqu’il serra avec une affection grandement transatlantique la main de GW?

(Restez attentifs au site de Immarigeon. Ce texte y est déjà en ligne .)

Source : dedefensa
Par Kochab
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Jeudi 15 février 2007
La nouvelle n'est pas nouvelle, mais vaut d'être dite et redite : les troupes françaises du COS en Afghanistan ont tenu à deux reprises Ben Laden dans le viseur de leur fusil. À chaque fois, le commandement américain a refusé ou n’a pas donné l'ordre de tir. La pièce maîtresse de la désinformation des néocons depuis dix ans ne pouvait disparaître, encore moins sous les balles de ces poltrons de frenchies qui en auraient tiré toute la gloire. Depuis, le Cos, qui a perdu neuf hommes sur la durée de son intervention, a retiré ses troupes du théâtre afghan. Pourquoi diable y envoyer nos Rafales ?

Oussama Ben Laden n’est pas l’ennemi de l’administration Bush. Il est le fer de lance de sa politique de désinformation.

L'administrateur du site afghana.org a vu l'émission de la chaîne Planète concernant cet événement révélateur de l’ampleur de la désinformation dont nous sommes l’objet. Il en présente l'analyse et nous offre de surcroît quelques perles sur la connivence entre l’administration américaine et les talibans.


BEN LADEN, LES RATES D'UNE TRAQUE

Deux journalistes français, Eric de Lavarene et Emmanuel Razavi, fins connaisseurs de l’Afghanistan, ont terminé un reportage de 52 minutes intitulé "Ben Laden, les ratés d’une traque", qui devrait être diffusé dès janvier sur une chaîne francophone. Ils racontent qu’à deux reprises, en 2003 et 2004, des soldats français en poste en Afghanistan ont eu la possibilité d’intercepter le chef d’Al-Qaïda, et même de l’abattre. Chaque fois, les Américains les en ont empêché. Ces révélations rejoignent celles de deux Américains membres des Forces spéciales, dont l’ouvrage en français, Sur les traces d’Al-Qaïda, paru fin 2004, est curieusement passé inaperçu.

Fin 2003, dans le Sud de l’Afghanistan, près de la frontière pakistanaise, des soldats français du Commandement des opérations spéciales (COS) repèrent un petit groupe de combattants ennemis grâce à leurs jumelles de visée nocturne. Et parmi eux, Oussama Ben Laden. L’homme le plus recherché de la planète est à moins de 400 mètres. Il ne se doute de rien, c’est la nuit, le commando tricolore est enterré.
Un soldat tient le géant saoudien (il mesure plus d’1,90 m) dans son viseur. "J’ai Ben Laden", lâche même le militaire. Seulement voilà, en Afghanistan, les Français sont sous les ordres des Etats-Unis. Depuis l’état-major américain de Bagrham, le COS reçoit, au bout d’un très long moment, l’ordre de laisser partir le fondateur d’Al-Qaïda…

Quelques mois plus tard en 2004, le même scénario se reproduit. Y a-t-il eu par deux fois des ratés dans la chaîne de commandement ? Ou faut-il émettre une hypothèse plus invraisemblable : malgré toutes les déclarations de Georges Bush depuis le 11 septembre 2001, l’Amérique ne souhaite pas capturer l’ennemi public numéro 1.

"Les militaires français ont eu 9 morts en Afghanistan. Profondément choqués par l’attitude des Américains, ils ont commencé à nous parler. Nous avons enregistré leurs déclarations", raconte Emmanuel Razavi, de l’agence Hamsa Press, installée à Dijon, l’un des auteurs du reportage télévisé.
Avec Eric de Lavarène, correspondant de plusieurs médias francophones en Afghanistan et au Pakistan (Libération, France Info), ils ont réalisé un reportage de 52 minutes, intitulé "Ben Laden, les ratés d’une traque", qui sera diffusé en janvier prochain sur une chaîne francophone, peut-être Arte. La télévision suisse est également intéressée. Le film ne spécule pas sur les motifs de l’état-major américain, il ne se livre pas à de la politique-fiction. Non, il se contente de raconter, de tendre le micro à de nombreux acteurs en Afghanistan et au Pakistan.

Les multiples révélations, que ce soit du représentant de la Banque mondiale à Kaboul, d’un conseiller du président Hamid Karzaï, ou de Haji Zaher, général de la police afghane, laissent pour le moins songeur.
On y apprend qu’à Tora Bora, loin de vouloir capturer Oussama Ben Laden, on lui aurait tranquillement permis de s’enfuir … avec 70 de ses hommes. "On lui a laissé la voie libre", raconte l’un des trois commandants afghans présents à Tora Bora. Aujourd’hui, lorsque les Américains livrent des armes à l’armée nationale afghane, dans le même temps, ils offrent la même quantité de munitions aux… Talibans.

"L’Administration américaine ne souhaite pas arrêter Ben Laden", déclare distinctement un proche du Président afghan. A quel incroyable jeu de dupes assistons-nous ? "Non seulement les Talibans peuvent à présent compter sur 15 à 20 000 combattants, et contrôlent, de fait, plusieurs provinces, mais Al-Qaïda est revenu en Afghanistan. C’est cette organisation terroriste qui se livre à des attentats-suicides. Attentats qui n’existaient pas jusqu’alors dans ce pays", constate Emmanuel Razavi. Ben Laden, les ratés d’une traque corrobore parfaitement le livre écrit par deux militaires américains membres des Forces spéciales, Alan H. et Adam R. "Alors que la CIA avait un satellite positionné au-dessus de la tête du mollah Omar et des bidules qui permettaient de mesurer le moindre poil de sa barbe, aucune des armées de la coalition ne voulait lui courir après, c’était incroyable", racontent-ils dans le livre Sur les traces d’Al-Qaïda, paru fin 2004 en France.

Les deux soldats, qui n’ont pu dénicher d’éditeurs aux Etats-Unis, racontent avec force et détails les invraisemblables "cafouillages" de l’armée américaine. Ainsi, lorsque les Forces spéciales parviennent à capturer le numéro 1 militaire des Talibans, Mullah Akhtar Osmani, quinze jours plus tard, le prisonnier réussit à s’enfuir.
Quand ces militaires d’élite découvrent où se terre le mollah Omar, leurs supérieurs répondent que ce n’est pas le moment, qu’il n’y a pas d’hélicoptère disponible, ou pas de carburant…
"Pénurie d’hélicoptères", me répondit-on. Or la base aérienne était couverte d’hélicoptères Chinook CH-47, MH-53J Pave Low III dernier cri, et autres. "Les équipages d’hélicoptères avec lesquels je discutai me confirmèrent que leurs engins fonctionnaient bien, et qu’eux aussi attendaient qu’il y ait un peu d’action", raconte l’un des membres des Forces spéciales américaines en Afghanistan.

Le livre se termine ainsi : "Nous sommes tous coupables, nous qui restons avachis devant la télé à gober les sornettes que nous racontent nos dirigeants."

Je suis bien content de voir qu'il existe encore des journalistes à la recherche de la vérité. Dommage que nous n'ayons pas eu ce genre de récit à propos de l' ex-Yougoslavie. Il y a beaucoup à dire également sur la couverture médiatique faite à ce moment là et le rôle des américains dans cette guerre. J'aurais aimé que les journalistes m'interroge aussi mais ils n'étaient manifestement pas venu pour faire de l'information.


REDIFFUSIONS :

> 09 Février 2007 à 13h15
> 13 Février 2007 à 00h30
> 16 Février 2007 à 02h55
> 19 Février 2007 à 22h35

SOURCE :  Afghana.org (Les extraits de l'émission sont accessibles à partir de ce lien.)
Par Kochab
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Vendredi 16 février 2007

La rue assourdissante autour de moi hurlait.
Longue, mince, en grand deuil, douleur majestueuse,
Une femme passa, d'une main fastueuse
Soulevant, balançant le feston et l'ourlet ;

Agile et noble, avec sa jambe de statue.
Moi, je buvais, crispé comme un extravagant,
Dans son oeil, ciel livide où germe l'ouragan,
La douceur qui fascine et le plaisir qui tue.

Un éclair... puis la nuit ! - Fugitive beauté
Dont le regard m'a fait soudainement renaître,
Ne te verrai-je plus que dans l'éternité ?

Ailleurs, bien loin d'ici ! trop tard ! jamais peut-être !
Car j'ignore où tu fuis, tu ne sais où je vais,
Ô toi que j'eusse aimée, ô toi qui le savais !

Charles Baudelaire
Les Fleurs du Mal
Par Kochab
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Vendredi 16 février 2007
Par Niall Green et Andreas Rizzi
15 février 2007
 

Quelques heures seulement après le début de la 43e Conférence de Munich sur la Sécurité, la devise de cette réunion annuelle, " Paix par le dialogue ", se trouvait déjà démentie. Au contraire, c’est l’expression " roulements de tambour " qui fut la plus utilisée pour qualifier ce qui se produisit à conférence, une autre étant " discours violents ". On parla même de " nouvelle guerre froide ".

Ces réactions firent suite au discours du président russe Vladimir Poutine, qui a vivement critiqué la politique étrangère américaine. Ce fut une des critiques les plus dures jamais prononcées publiquement à l’encontre de Washington par le dirigeant d’une grande puissance. Le président russe déclara que la politique étrangère américaine était " très dangereuse " et dit : " Nous assistons à un usage exagéré et quasiment illimité de la force, de la force militaire, dans les relations internationales, une force qui est en train de plonger le monde dans un abîme de conflits permanents. "

Poutine a déclaré à son auditoire, qui comprenait le secrétaire américain à la Défense Robert Gates, les sénateurs John McCain et Joseph Lieberman ainsi que d’autres hauts responsables de Washington, que l’impérialisme américain " était sorti de ses frontières nationales à tous les points de vue ".

Faisant clairement allusion à la débâcle américaine en Irak, Poutine a déclaré : " Les actions unilatérales n'ont pas résolu un seul conflit ;  elles ont plutôt donné naissance à d’autres conflits. " Et le président russe de poursuivre : " Nous voyons de plus en plus de violations des principes fondamentaux du droit international… Plus personne ne se sent en sécurité, parce que personne ne peut plus trouver refuge derrière le droit international. Évidemment, une telle politique alimente une course aux armements. Le règne de la force encourage inévitablement un certain nombre de pays à se doter d’armes de destruction massive. "

Dans une interview accordée à la chaine de télévision arabe Al-Jazira, Poutine a comparé les " centaines de personnes " qui, selon lui, sont mortes aux mains du dictateur irakien Saddam Hussein au nombre de morts depuis l’invasion de l’Irak en 2003 : " 3000 Américains sont morts, alors que le nombre d’Irakiens tués atteint — selon diverses estimations — des centaines de milliers. "

Critiquant les tentatives de Washington d’affermir par des moyens militaires sa position en tant qu’unique superpuissance, Poutine a demandé : "  Qu'est-ce qu'un monde unipolaire ? Même si on essaie d'enjoliver ce terme, il signifie simplement un seul centre d’autorité, un seul centre de pouvoir et un seul centre de décision. "

" C’est un monde où il y a un seul maître, un souverain unique. Et au bout du compte, cet état de fait est nuisible non seulement pour ceux qui se trouvent au sein du système, mais aussi pour celui qui en est le souverain parce qu’il s’effondrera de l’intérieur. "  

Dans une attaque visant ceux qui le critiquent à Washington et qui, soulignant la montée de l’autoritarisme sous son régime, demandent une politique plus dure envers la Russie, Poutine déclara que l’hégémonie américaine n’avait " rien à voir avec la démocratie ".

" On nous donne en permanence des leçons de démocratie. Mais pour une raison ou pour une autre, ceux qui veulent nous l’enseigner ne veulent eux-mêmes rien apprendre ", a-t-il dit.

Poutine a directement accusé Washington d’adopter une politique militaire visant directement la Russie. Faisant allusion à l’installation prévue d’un système américain antimissile en Pologne et en République tchèque, il a déclaré : " Ils tentent de nous imposer de nouvelles divisions et de nouveaux murs " et il a menacé de prendre des contre-mesures : " Nous savons qu’ils [les Etats-Unis] développent un système de défense antimissile. Et qu’en conséquence, nos armes nucléaires pourraient être neutralisées. La Russie, toutefois, possède les armes qui peuvent rendre ce système inefficace. "

Poutine a aussi rappelé les garanties données à l’Union soviétique en 1990 par le secrétaire général de l’OTAN de l’époque, Manfred Wörner, notamment la promesse que celle-ci ne stationnerait pas de troupes à l’est de la frontière allemande. " Qu’en est-il de ces garanties aujourd’hui ? " a-t-il demandé, faisant allusion aux dix mille soldats stationnés dans des camps militaires en Bulgarie et en Roumanie.

Le porte-parole de Poutine par la suite insisté pour dire que, malgré le ton dur de sa critique, le discours " n’avait pas pour but la confrontation, mais de susciter la réflexion ". Dans ses commentaires ultérieurs à la presse, Poutine a lui-même mis en avant son amitié personnelle avec le président Bush, qu’il a décrit comme un " homme décent ".

Préparatifs de guerre contre l’Iran

On ne peut comprendre cette entorse publique à la coutume diplomatique, et ce, au cours de la plus prestigieuse de toutes les réunions sur la défense et la sécurité, que si on la voit dans le contexte des préparatifs de guerre contre l’Iran.

En décembre, après la défaite subie par le Parti républicain aux élections de mi-mandat aux Etats-Unis et la publication du rapport Baker-Hamilton, Moscou et les capitales d’Europe occidentale avaient espéré que Washington reviendrait à une politique étrangère basée sur la coopération et la diplomatie internationale, et abandonnerait l’usage unilatéral de la force militaire. C’est précisément l’opposé qui s’est produit. Les Etats-Unis n’ont pas seulement augmenté le nombre de leurs soldats en Irak, mais ils préparent encore une attaque militaire contre l’Iran.

De façon pratiquement quotidienne, l’ establishment américain prononce de nouvelles accusations contre l’Iran. Tout récemment, des officiels américains qui ont refusé d’être nommés, ont déclaré sans la plus petite preuve que Téhéran fournissait des armes aux rebelles chiites pour qu’ils tuent des soldats américains en Irak.

Toute cette propagande rappelle la situation avant la guerre en Irak. Des falsifications patentes et des mensonges absurdes avaient été répétés pendant des mois dans le but de créer une excuse pour l’invasion et la conquête du pays.

C’est dans cette optique qu’il faut comprendre l’exigence américaine d’envoyer plus de soldats dans le sud de l’Afghanistan pour l’" offensive printanière " contre les rebelles talibans annoncée par Condoleezza Rice, la secrétaire d’Etat américaine. L’Afghanistan partage une frontière de près de 1000 kilomètres avec l’Iran et cette extension des opérations militaires accompagnée d’un " nettoyage " du territoire afghan représente une nouvelle étape des préparatifs d’une guerre contre Téhéran.

Moscou a accédé de façon répétée aux demandes américaines, la Russie devant faire pression sur l’Iran pour que celui-ci se plie aux exigences agressives de Washington à propos du programme nucléaire iranien. La Russie tente elle-même d’empêcher l’Iran de devenir une puissance régionale influente, craignant qu’une augmentation du pouvoir du régime des mollahs ne renforce les forces islamistes dans les régions limitrophes de la Russie et en Asie centrale.

Durant son discours de Munich, Poutine a, pour l’essentiel, soutenu encore une fois la position américaine consistant à faire pression sur Téhéran et son programme nucléaire : " Je ne comprends pas pourquoi l’Iran n’a pas réagi positivement et de manière constructive à ces inquiétudes et aux propositions du directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique, Mohamed El Baradei, qui ont pour but d’apporter des réponses à ces questions. "

Une attaque militaire américaine contre l’Iran serait néanmoins un cauchemar pour la Russie. D’importants intérêts économiques sont en jeu. En janvier, Téhéran a encore signé un accord pour faire l’acquisition de 83 avions de ligne russes. De telles commandes sont très importantes pour l’industrie russe dans des conditions où la forte croissance économique de la Russie est presque exclusivement due à l’exportation d’énergie et de matières premières.

La Russie joue aussi un rôle majeur dans la construction controversée du réacteur nucléaire iranien. La livraison des carburants nucléaires nécessaires devrait s’effectuer en mars, et le réacteur devrait être prêt à être relié au réseau d’électricité iranien en octobre.

Les principaux intérêts en jeu sont cependant d’ordre stratégique. Une attaque de l’Iran viendrait pratiquement compléter l’encerclement de la Russie, ce que cherchent à faire systématiquement les Etats-Unis depuis 1991 ; cela fait partie de leurs plans d’hégémonie mondiale. La plupart des anciens pays d’Europe de l’Est membres du Pacte de Varsovie (l’alliance militaire d’après-guerre dominée par l’Union soviétique) ont depuis rejoint l’OTAN. Des gouvernements alignés sur Washington ont été portés au pouvoir en Ukraine et en Géorgie à l’aide de " révolutions " soutenues par les Etats-Unis. L’Afghanistan et l’Irak, qui faisaient anciennement partie de la zone d’influence soviétique, sont maintenant occupés par des troupes américaines. L’Iran est l’un des derniers pays de la région sur lesquels Washington a très peu d’influence.

Ainsi, le franc-parler de Poutine exprimait l’inquiétude grandissante de Moscou face au rôle du militarisme américain et à la supériorité de plus en plus importante des capacités nucléaires de Washington sur celles de la Russie. Cela exprimait aussi la nouvelle confiance de Moscou sur la scène mondiale, due à la richesse venant des revenus élevés du pétrole et du gaz et à la capacité croissante du Kremlin d’utiliser les vastes ressources énergétiques à sa disposition pour exercer des pressions politiques sur ses alliés et ses rivaux.

Réaction modérée de l’Europe

Poutine était très conscient du fait que ses critiques vis-à-vis de Washington trouveraient un écho dans une conférence ou prédominaient les responsables de la sécurité européenne. Si son discours a été vertement critiqué par des délégués américains la réaction de leurs homologues européens, dont les gouvernements se sont abstenus de critiquer Washington ouvertement, a été particulièrement modérée.

La Maison-Blanche s’est déclarée " surprise et déçue " et a dit que les accusations de Poutine étaient " fausses ". Le sénateur John McCain, un probable candidat républicain aux présidentielles de 2008, a tiré à boulets rouges sur Moscou pour son " tournant autocratique " et a accusé sa politique étrangère d’être " opposée aux principes des démocraties occidentales ".

Le secrétaire américain à la Défense, Robert Gates, a déclaré que les problèmes et les défis communs devaient être réglés " sur la base du partenariat avec d’autres pays, y compris la Russie ", mais s’est montré surpris que la Russie semble " aller à l’encontre de la stabilité internationale ", par " des ventes d’armes ou des tentatives d’utiliser les ressources énergétiques comme moyen de pression politique ". Jaap de Hoop Scheffer, le secrétaire général de l’OTAN, a déclaré que les commentaires de Poutine étaient " décevants ".

Cependant, le gouvernement allemand a tenu à affirmer que le discours de Poutine ne devait pas être perçu comme un " retour à la Guerre froide ". Un porte-parole du gouvernement de Berlin a décrit la rencontre à Munich comme un cadre qui a fait ses preuves pour ce genre de discussion ouverte.

Le coordonnateur de la coopération germano-russe, Andreas Shockenhoff (Union chrétienne démocrate, CDU) a loué Poutine pour avoir ouvert une discussion publique et critique tout en faisant plusieurs propositions constructives. Le président du comité des Affaires étrangères du parlement allemand, Ruprecht Polenz (CDU) a déclaré que Poutine avait soulevé des questions légitimes et le porte-parole social-démocrate pour la Défense, Rainer Arnold, dit que, bien que Poutine ait rudoyé la politesse diplomatique, il avait des raisons de s’inquiéter du déploiement de missiles et de soldats supplémentaires près des  frontières russes.

Le premier ministre français, Dominique de Villepin et son ministre des Affaires étrangères, Douste-Blazy, avaient déjà critiqué la politique américaine au Moyen-Orient avant la conférence de Munich.  Ils avaient demandé une date pour le retrait des troupes américaines de l’Irak et exigé que l’Iran et la Syrie soient inclus dans toute solution aux conflits de la région.

Tout comme la Russie , les gouvernements allemand et français craignent les conséquences d’une attaque militaire américaine de l’Iran. Les deux pays ont des relations économiques importantes avec ce pays; ils ont aussi des intérêts stratégiques. Le commerce avec l’Iran est florissant grâce au soutien actif des Etats européens.  

Dans la première moitié de 2006, des marchandises d’une valeur de 2,3 milliards d’euros ont été exportés vers la république islamique. En 2005, le gouvernement allemand a accordé un total de 5.4 milliards d’euros au profit du commerce et des affaires avec l’Iran, ce chiffre n’étant dépassé que par l’Italie. L’Iran a également des liens commerciaux étendu avec la France , derrière l’Allemagne son partenaire commercial le plus important de l’Union européenne.

Durant son dernier voyage au Moyen-Orient la semaine dernière, la chancelière Angela Merkel, pratiqua une diplomatie visant à prévenir toute action militaire brusque des Etats-Unis contre l’Iran par l’établissement de relations et de nombreux accords bilatéraux. Berlin n’ose pas prendre position ouvertement contre son puissant associé américain.

Conflits impérialistes

Bien que les critiques de Poutine à l’égard de Washington soient entièrement justifiées, il ne faut pas les confondre avec une critique progressiste ou même pacifiste de la politique criminelle de l’administration Bush.

Plusieurs des accusations portées par Poutine pourraient également être portées contre la politique de son propre gouvernement. La seconde guerre de Tchétchénie, qui a eu lieu sous la présidence de Poutine, a coûté des centaines de milliers de vies ; selon une estimation indépendante, un quart de la population tchétchène a été éliminé. 

La situation interne de la Russie est caractérisée par un tournant vers des formes autoritaires de gouvernement et des divisions sociales énormes. Alors que la richesse d’une minorité d’oligarques défie toute description, la masse des gens ordinaires mène une lutte quotidienne pour la survie. 

Poutine attaque Washington du point de vue des intérêts de la Russie en tant que grande puissance, c’est-à-dire du point de vue des intérêts de l’oligarchie dirigeante. Le même critère s’applique aux gouvernements européens, qui défendent aussi leurs propres intérêts impérialistes. C’est ce qui détermine aussi les méthodes qu’ils emploient. Ils réagissent au militarisme américain avec leurs propres bruits de bottes et en étendant leurs opérations militaires internationales.

Le 8 février, le ministre russe de la Défense, Sergei Ivanov, annonçait une augmentation importante du budget militaire russe, l’augmentant de 189 milliards de dollars sur les huit prochaines années; le but de l’augmentation est d’améliorer l’infrastructure militaire et comprend l’acquisition d’une nouvelle génération de missiles balistiques intercontinentaux, de sous-marins nucléaires et l’amélioration du système radar de première alerte

S’adressant au parlement russe, Ivanov annonça que les militaires recevraient beaucoup plus de missiles balistiques cette année que les années précédentes.  Il mentionna aussi le fait que la Russie prévoyait le déploiement de 34 nouvelles rampes de lancement pour missiles du type Topol-M, de nouvelles unités de contrôle et de 50 missiles de ce type montés sur des rampes de lancement mobile d’ici 2015.

Ces mesures visant à étendre l’arsenal nucléaire du Kremlin et à améliorer sa manoeuvrabilité sont clairement motivés par l’attitude provocante de Washington dont le bouclier antimissile n’a pour cible crédible que la Chine et la Russie. Avec seulement un vingtième du budget militaire du Pentagone, Moscou tente de développer un mécanisme qui vise à conserver la possibilité d’une riposte nucléaire face à la capacité de plus en plus sophistiquée des Etats-Unis de frapper et de neutraliser les rampes de lancement nucléaires fixes russes.   

La situation rappelle de plus en plus celle du début du siècle, où les tensions entre puissances impérialistes finirent par exploser sous forme de l’horrible boucherie de la Première Guerre mondiale. Une guerre contre l’Iran déstabilisera entièrement le syst ème international des grandes puissances.  Une telle guerre signifiera non seulement l’horreur pour toute la population de la région, mais entraînera également des confrontations inévitables et directes entre les grandes puissances ayant des intérêts stratégiques dans la région.  

La lutte contre la guerre impérialiste ne peut être menée que sur la base d’un mouvement international de la classe ouvrière. Son objectif doit être de surmonter le système capitaliste mondial, qui menace une fois encore de plonger l’humanité dans un abîme de guerre et de réaction.

(Article original paru le 13 février 2007)


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Le texte original du discours de Poutine peut être obtenu sur le site
Alterinfo.net


   
Par Kochab
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Lundi 19 février 2007
15 /02 / 2007

Par Viktor Litovkine, RIA Novosti

L'objectif primordial, souligné au sommet de l'Alliance de l'Atlantique Nord à Riga et à la rencontre informelle des ministres de la Défense de l'Alliance à Séville, est de contribuer à l'établissement de la paix et de la stabilité en Afghanistan. Bien plus, comme le soulignent Washington et Bruxelles, la capacité de l'Alliance d'accomplir sa mission en Afghanistan sera, à bien des égards, déterminante pour le destin et l'avenir de l'alliance militaro-politique de vingt-six Etats du monde. En ce qui concerne l'opération de la Force internationale d'assistance à la sécurité (ISAF), elle est encore loin d'être couronnée de succès. Les raisons en sont connues : il convient de créer des mécanismes de coopération et de reconstruction du pays après le conflit.

L'OTAN a déjà tiré la conclusion qu'il est impossible de régler les problèmes de l'Afghanistan par la voie militaire. L'ISAF qui compte aujourd'hui 35000 "baïonnettes" de 37 pays du monde fait des efforts extraordinaires en vue de stabiliser la situation. Cependant, les forces manquent. Qui plus est, les efforts déployés par la Force internationale ne sont pas concrétisés par une amélioration réelle de la situation socio-économique des Afghans, ce qui justifierait, à leur avis, la présence de troupes étrangères sur le territoire du pays. Il en découle une augmentation du mécontentement envers l'OTAN et l'influence croissante des talibans.

L'année dernière, le nombre d'attaques contre les contingents militaires de l'Alliance s'est accru en passant de 900 à 2500, celui des attentats commis par des kamikazes est passé de 18 à 1167, celui des actes de subversion avec emploi d'engins artisanaux, de 530 à 1300. Bien que les talibans aient également essuyé de lourdes pertes, les experts militaires estiment que leur potentiel combatif se rétablit rapidement. La production de drogue, base financière du terrorisme, s'accroît également. En 2006, les volumes d'opiats ont constitué 6100 tonnes, contre 4100 tonnes en 2005. Les exploitations dotées de plantations de pavot sont devenues plus nombreuses. Les tentatives pour les persuader de cultiver d'autres plantes agricoles ont échoué.

La demande d'envoi de renforts en Afghanistan formulée à Riga et à Séville par le commandement de l'ISAF qui est passé des Britanniques aux Américains n'a pas produit l'effet escompté. Seuls les Etats-Unis ont augmenté leur contingent de trois mille soldats et officiers. La Pologne a également envoyé mille soldats en Afghanistan. Même l'Ukraine a envoyé dix spécialistes militaires. La Grande-Bretagne est en train de former un détachement, mais les autres pays "réfléchissent". Bien plus, les barrières qui empêchent de coordonner les actions des contingents militaires déployés dans diverses régions de l'Afghanistan ne sont toujours pas surmontées, ce qui a été constaté au sommet de Riga. Les restrictions législatives nationales à l'emploi de la force qui ne permettent pas, par exemple, aux troupes de la RFA de participer aux actions militaires en dehors de leur zone de responsabilité entravent sérieusement la direction centralisée de la coalition.

Il existe une entente sur l'entraide. Mais les amendements législatifs aux fondements juridiques de tels ou tels Etats n'ont pas encore été apportés. Cela veut dire que les décisions seront prises au cas par cas, ce qui entrave certainement la direction de l'ISAF. Mais la leçon principale de la campagne afghane qui n'est pas cachée par l'Alliance se réduit à ceci : même une organisation aussi puissante que l'OTAN ne peut pas assurer seule la reconstruction après conflit. D'autant plus que, restant une alliance militaire, elle ne dispose pas du potentiel nécessaire pour apporter une aide économique ou une assistance technique à la population.

C'était la tâche de la table ronde organisée il y a un an à Londres où les sponsors avaient promis d'affecter au développement de l'économie afghane 10,5 milliards de dollars au cours des cinq prochaines années. Il s'agit notamment de l'ONU, de la Banque mondiale, de l'Union européenne, de l'OSCE, des ONG  Cependant, des problèmes surgissent dans l'octroi de l'aide des donateurs. Non seulement parce qu'elle est détournée, comme on le dit, avant d'arriver à Kaboul, voire en Afghanistan même. D'autre part, l'argent est souvent alloué aux firmes des pays qui doivent mettre en uvre leurs projets humanitaires et sociaux à Kaboul et dans ses environs. Par conséquent, cet argent ne parvient pas à la population locale, ne crée pas de nouveaux emplois et ne contribue pas à l'élévation du bien-être des couches pauvres d'Afghans.

Quoi qu'il en soit, selon les agences d'information, l'administration Bush prévoit de demander au congrès 10,6 milliards de dollars supplémentaires pour l'Afghanistan. Le premier ministre britannique Tony Blair a promis d'affecter 500 millions de livres sterling pour trois prochaines années. La France, l'Allemagne, le Japon, la Chine, l'Inde, la Turquie, l'Iran et la Russie ont également manifesté leur volonté de soutenir Kaboul. Le Kremlin s'est engagé à annuler la dette afghane se chiffrant à 10 milliards de dollars. Il est vrai, Moscou a assorti sa promesse d'une condition : Kaboul doit renoncer aux griefs présentés à la Russie pour le préjudice causé par les actions de la 40e armée soviétique dans la période de 1979 à 1989.

Quoi qu'il en soit, la Russie apporte, dans la mesure de ses possibilités, une aide maximale à l'Afghanistan et à l'OTAN. Bruxelles le reconnaît. La Russie fournit à l'ISAF les renseignements nécessaires recueillis par les services secrets et forme des spécialistes de la lutte contre le trafic de drogue. L'année dernière, 25 policiers afghans ont été formés à Domodedovo (environs de Moscou), à la base de l'Institut de perfectionnement relevant du ministère russe de l'Intérieur. Moscou est prêt à en accueillir autant. Mais, la ratification du Traité sur le statut des troupes étrangères sur son territoire demandée au Kremlin par l'Alliance est, pour l'instant, impossible.

Ce traité offrirait à l'OTAN la possibilité de transférer ses forces et matériels à l'Afghanistan par air et grâce aux chemins de fer de Russie. Mais la Douma se réfère aux problèmes techniques et ne se presse pas de le ratifier. L'explication pourrait résider dans le refus de l'OTAN de coopérer avec l'Organisation du Traité de sécurité collective (OTSC) qui jouit d'un grand prestige dans les pays d'Asie centrale limitrophes de l'Afghanistan et où le problème du trafic de drogue en provenance d'Afghanistan est très grave.

Moscou ne cesse de rappeler à Bruxelles que seule une coopération étroite entre l'Alliance et l'OTSC, entre tous les pays et les organisations intéressés à la stabilisation de la situation en Afghanistan, peut apporter un succès dans la lutte contre le terrorisme. Mais, pour l'instant, une telle coopération multilatérale est inexistante.


source : http://www.fr.rian.ru/analysis/20070215/60799039.html
Par Kochab
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