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Théorie de la communication

Jeudi 1 mars 2007
Eclairage scientifique

Les nouveaux médias : des enjeux principalement symboliques et culturels

François Bernard HUYGHE


Les nouveaux médias sont venus transformer de façon significative la communication et la gestion de crise – tant d’un point de vue symbolique (quels modes discursifs adopter pour juguler la crise ?) que matériel (quels moyens de communication pour répondre à la soif d’informations des internautes ?). Une mauvaise évaluation des enjeux symboliques et émotionnels constitue un risque majeur pour les entreprises, amplifié par le fait qu’ils n’appartiennent pas à la culture managériale. Au fond, les principaux enjeux liés aux nouveaux médias sont d’ordre culturel.


La preuve scientifique : un élément d’information devenu insuffisant

L’apparition de nouvelles technologies a modifié l’impact et la nature des crises. L’exemple de la crise du Gaucho, circonscrite à la France, met en lumière les incompréhensions qui peuvent naître entre une maison mère, basée à l’étranger, et l’entité nationale qui subit la crise. Cet exemple montre également qu’une lecture différente des enjeux majeurs par les parties prenantes peut mener à la crise – surtout si certains sont symboliques. Face à ces derniers, le simple apport de preuves scientifiques peut s’avérer inopérant, même si elles renvoient à la parole de l’expert. Avec l’émergence de nouveaux médias, le monopole d’administration de la preuve n’existe plus. Le contenu ne suffit plus et la relation établie avec les interlocuteurs doit faire l’objet d’une forte attention.

S’appuyer sur de nouveaux modes de communication

De surcroît, le mode de communication choisi peut produire des effets inverses à ceux initialement recherchés. Au fond, le discours de l’entreprise, basé sur la performance et la technicité, est susceptible de heurter d’autres intérêts ou des croyances idéologiques qu’il convient de prendre en compte. L’on passe à un exercice de rhétorique, maîtrisé par l’entreprise, à un exercice d’éristique qu’elle ne maîtrise pas. Il faut donc savoir écouter ses interlocuteurs et faire montre d’anticipation.

Des moyens et un rythme adaptés aux nouveaux médias

L’utilisation des nouveaux médias nécessite avant toute chose des moyens mobilisables sur le champ La logistique doit être au rendez-vous (moyens humains, serveurs performants…). Mais il faut aussi une rhétorique (art de convaincre) efficace et une bonne balistique des messages (au sens de l’art de les faire parvenir au bon destinataires/cible de la bonne manière). La communication de crise doit être rapide, les informations doivent être divulguées en direct – exercice auquel l’entreprise n’est pas toujours habituée. Communiquer en direct suppose que les réflexions soient courtes, les décisions prises rapidement. Ces crises mettent à l’épreuve les membres du management, accusés de travailler pour une entreprise " irresponsable ".

La fin des intermédiaires ?

La communication de crise à l’heure des nouveaux médias signe la fin des intermédiaires (des médiations, donc) que sont, par exemple, les syndicats ou les journalistes de presse écrite.

Elle va de pair également avec l’éclatement médiatique, caractérisé par une absence de hiérarchie entre les médias. La multiplicité des acteurs est de mise également, n’importe qui pouvant se sentir concerné – et intervenir – par tel ou tel aspect d’une crise. Chacun des acteurs essaie d’attirer son attention sur son propre discours, le discours de l’entreprise n’étant pas le plus écouté ou le plus crédible selon les internautes. Le ranking sur les moteurs de recherche revêt à ce titre une importance cruciale.

Appréhender les enjeux symboliques et idéologiques à leur juste mesure

Les directions d’entreprise ne voient pas toujours les enjeux symboliques et idéologiques portés par les crises qui les concernent. Cette appréhension des symboles ne fait pas toujours partie de la culture managériale des dirigeants.
Le succès d’un simple blog syndical apporte la preuve que la hiérarchie entre les médias a volé en éclats. Ce blog, bien conçu, adoptant un ton ironique, réalisé par un syndicaliste de talent ne pouvait que rencontrer le succès. Sur Internet en effet, il faut avoir le " truc " qui va attirer l’attention des internautes, sans que des investissements significatifs soient nécessaires. Le critère du succès sur Internet est un facteur mystérieux, prenant la forme d’une contagion et d’une contamination se développant grâce au " buzz " ; le succès ne s’appuie ni sur l’argent, ni sur la renommée.

Une distorsion des temps, une multiplication des émetteurs

A l’heure des nouveaux médias, les temps se raccourcissent et chacun tente d’obtenir des informations de manière de plus en plus rapide. Cette évolution a une conséquence évidente : tout discours officiel a son contre-discours, qui devient très vite disponible. Avec Internet et les nouveaux médias par ailleurs, la " menace ", les rumeurs et les contre informations peuvent venir de n’importe où dans le monde. Avec les nouveaux médias également, le pouvoir d’information n’appartient plus au management qui peut s’en trouver dépossédé.

Internet a donc changé la donne en matière de communication de crise, les sources d’information devenant multiples. Les médias ne font plus l’objet d’une hiérarchie, à tel point que les médias " classiques " n’ont parfois d’autre choix que de suivre les nouveaux médias. Enfin, de nouveaux réseaux, qui sont souvent de petites unités, ont émergé : ils sont en mesure d’exercer un pouvoir de façon inattendue.

Conclusion

Il faut réapprendre la communication de crise, qui ne consiste plus à donner des informations rassurantes et documentées. Il faut au contraire organiser une veille, déceler les signaux, constituer des scénarios, faire des simulations et disposer d’une logistique efficace à même de supporter les charges ponctuelles. Connaître ses relais et savoir occuper l’espace est nécessaire. Il ne faut pas hésiter également à anticiper les crises, par exemple en disposant d’un site Internet " noir " prêt à l’emploi et susceptible d’être activé dès l’émergence d’une crise. Mais le principal travail est d’ordre culturel, les entreprises doivent se préparer à cette nouvelle culture et ces nouvelles règles du jeu.


Débat

Comment se préparer ?
Q – Comment devons-nous nous préparer à la nouvelle donne que vous venez d’évoquer ?
François Bernard Huyghe – Il ne faut pas hésiter à constituer des scénarios, des jeux de rôle, des exercices de simulation. Vos entreprises doivent également compter des collaborateurs rompus au langage utilisé dans les nouveaux médias. En tout état de cause, il s’avère nécessaire de réapprendre complètement la communication de crise, qui ne peut plus s’appuyer uniquement sur des informations rassurantes et documentées.
Q – Créer des scénarios constitue-t-il réellement une solution efficace ?
François Bernard Huyghe – Cette solution peut s’avérer pertinente, mais ils ne vous permettront pas d’identifier toutes les hypothèses. L’on ne peut pas tout prévoir et aucun logiciel, aucune machine n’est en mesure de prévoir toutes les décisions humaines potentielles.
Le blog, une menace durable ?
Q – Le nombre de blogs explose ; trop de blogs ne va-t-il pas tuer les blogs ?
François Bernard Huyghe – L’on peut en effet se demander si le nombre de blogs ne va pas décroître, certains signaux tendent d’ailleurs à le montrer. Par ailleurs, l’on constate que sur certains sujets, Internet n’est pas une source d’informations inépuisable – voire n’est pas efficace du tout. Mieux vaut en effet parfois revenir à des sources d’informations plus classiques, dont l’efficacité n’est plus à prouver. La surinformation présente donc des limites, mais l’on ne peut jamais savoir pourquoi tel ou tel blog va rencontrer le succès. L’on est certain en revanche que la qualité des informations n’est pas la condition de réussite d’un blog.
Etablir des seuils critiques
Q – Les actionnaires, les analystes financiers, ne présentent pas la même sensibilité que l’opinion publique aux crises, voire n’y sont pas sensibles du tout.
Christophe Roux-Dufort – Cela est juste : il appartient aux entreprises de déterminer à partir de quel stade l’on est, ou non, en crise. Prenons l’exemple d’Air Inter et de l’accident du Mont Sainte-Odile : pour la direction d’Air Inter, cet accident ne constituait pas réellement une crise, dans la mesure où l’accident n’avait suscité aucune baisse des réservations. Les entreprises doivent donc déterminer quels sont les seuils critiques qui, une fois qu’ils sont dépassés, font entrer les entreprises dans la crise.

Source : huyghe.fr 

© huyghe.fr - Reproduit avec l'aimable autorisation de l'auteur.

Par Kochab
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Lundi 5 mars 2007

3 mars 2007 -

L'État est censé avoir le monopole de la violence légitime, donc de la guerre ; longtemps, il contrôla ce qui se disait ou se voyait de la violence armée . Deux privilèges remis en cause à l'époque où prolifèrent des groupes et milices dotés de leurs propres armes, mais aussi de leurs tv et médias propres


La guerre (violence armée, durable, collective, visant paradoxalement à un état normatif stable, la paix, même si c’est celle du vainqueur) est, dans la tradition occidentale, un monopole de l’État ou d’entités souveraines jouant le même rôle. Certes, il y avait parfois guerre civile ou " de partisans " et des groupes privés mettaient en cause cette exclusivité, mais cela fut longtemps considérée comme une situation provisoire et exceptionnelle. Dans de tels cas, les acteurs étaient censés vouloir s’emparer de l’État ou créer leur propre État jusqu’à devenir en mesure d’exercer à leur tour la souveraineté, donc d’acquérir un nouveau monopole territorial sur l’affrontement armé.
Bien entendu, l’Histoire récente réfute cette conception. Des notions comme celles de guerre asymétrique, guerre de quatrième génération, zones grises, conflits de faible intensité, guerre du pauvre… en témoignent, exactement au même titre que des phénomènes comme la floraison des mouvements de libération, des insurrections, des milices, des groupes armés ethniques, mafieux, sectaires, des armées privées, des groupes de guérilla ou de terrorisme, …, Les différences entre civils et militaires s’estompent comme s’efface la séparation entre l’autorité politique qui détermine les objectifs et l’armée qui met en œuvre la violence matérielle.

Tout cela fait que la guerre étatique, classique est devenue plus une exception qu’une règle… Difficile de soutenir que l’État à le monopole des armes létales. Difficile de définir précisément ce qu’est une arme quand les virus (biologiques ou informatiques), les attaques contre les infrastructures critiques, le sabotage économique, l’action psychologique par la terreur ou la désinformation, la manipulation idéologique font partie des panoplies énumérées par les stratèges.

Mais la guerre des armes s’est toujours redoublée d’une guerre des symboles, des images, des mots, des médias. Impossible de diriger des masses humaines et de les amener à tuer et à mourir sans employer d’autres genres de panoplies. Ces dernières servent à les exalter, les motiver, les justifier, les commander, les coordonner (et, a contrario, défier, dévaloriser, diaboliser, démoraliser l’adversaire).

Donc pas de guerre sans médias : même les plus primitives supposent des peintures rituelles, des chants, des cérémonies, des invocations. Longtemps qui possédait le territoire contrôlait les moyens d’information disponibles (une notion déjà bien entamée par la guerre des ondes pendant la seconde guerre mondiale et la guerre froide). L’État surveillait les capacités d’expression (voire de codage donc de secret) à la disposition des citoyens comme les moyens de violence qu’ils avaient le droit de posséder : il autorisait ou non. Cela aussi, c’est du passé.

Car, là aussi, le monopole étatique, si tant est qu’il ait vraiment existé, est remis en cause.

Pour poursuivre le parallèle, le contrôle de la communication en temps de guerre a longtemps semblé ressortir au domaine du souverain. Cela allait de soi, qu’il s’agisse
-  de la censure (décider ce qui se dit et se voit de la violence armée),
-  de la propagande destinée à ses propres troupes et à sa population (pour maintenir leur moral),
-  éventuellement d’un art officiel ou patriotique, du contenu de la fiction et des messages distractifs
-  de la communication à l’égard des populations occupées,
-  du discours à l’égard de l’opinion internationale (voire de l’Histoire),
-  de la commémoration et de l’interprétation de la guerre après coup (par le monument par exemple)…
Or en ce domaine -communication et transmission-, l’ancien privilège n’est pas moins menacé que dans celui des armes et des forces. Ne serait-ce que parce que les armées n’arrêtent ni les ondes, ni les électrons.

L’intervention des acteurs non-étatiques a pris une double dimension : stratégique/idéologique (ce qu’ils veulent dire) et technologique (ce qu’ils peuvent dire). Les deux, contenu et contenant, sont en interactions constante : on ne fait pas le jihad sur Internet comme on menait des luttes de libération en écrivant des in-quarto de doctrine en exil et en imprimant des tracts dans une cave.

La stratégie et l’idéologie (deux notions difficiles à distinguer quand la communication vise à des effets pragmatiques, qui changent le réel) commandent toute une variété de messages visant chacun à des effets spécifiques :
-  identification communautaire (proclamer qui l’on est) et qui l’on représente ( le peuple, le prolétariat, une minorité persécutée, la communauté des vrais croyants)
-  justification de sa guerre (un discours qui s’adresse à la fois aux acteurs présents, y compris les neutres et aux générations futures, dans un registre héroïque ou sublime). On notera que cette justification peut prendre des accents théologiques ou casuistiques (considérations sur les morts " innocents " et violences licites)
-  de défi et de proclamation à l’égard de l’adversaire, désigné et provoqué (à cet égard, l’humiliation symbolique suprême a lieu le 11 septembre)
-  de dénonciation de l’ennemi à l’égard des tiers (sur le plan de la légitimité de sa cause et des atrocités qu’il commet)
-  de prise à témoin de l’opinion internationale et des organisations ou autorités jouissant de prestige auprès de cette opinion
-  de recrutement, d’exaltation de ses propres combattants
-  de messagerie pour répandre des informations pratiques (éventuellement une formation ou une documentation pour les combattants),
-  parfois d’agence de presse, etc…, le cas échéant de désinformation de l’adversaire ou des neutres…

Il serait simpliste de réduire la communication des acteurs non étatiques à une tentative de persuasion (faire partager la croyance en ses thèses) ni à discours sur la vérité de l’événement (le visage de la guerre) en concurrence celui de l’État ennemi. Le jeu ne se joue pas à deux, ni sur un seul plan.
Chez les acteurs non-étatiques, style et vecteurs de la communication se déterminent mutuellement (comme dans une certaine mesure style et outils de la violence). D’autant que l’action violente elle-même est souvent scénarisée et pensée pour son impact symbolique : elle est devenue un média. Le geste, fait propagation comme il vaut signification, y compris le geste du kamikaze qui transforme sa propre mort en message (avant, par les cassettes testaments, pendant par l’action qui frappe une cible symbolique et après par la célébration de sa mémoire),

De plus les stratégies non étatiques ont une histoire et s’inscrivent dans une culture : depuis la propagande par le fait de la fin du XIX° siècle, en passant par les mouvements de libération ou d’indépendance, jusqu’aux partisans d’une lutte planétaire contre les " juifs et les croisés ", chacun développe son mode de communication et transmission suivant ses croyances, ses valeurs, sa vision de l’Histoire.
Il n’emploie pas les mêmes mots ou les mêmes arguments en fonction de sa structure mentale (et les enjeux sémantiques, le droit de nommer et désigner les acteurs et les actes, est énorme).
Il ne respecte les mêmes impératifs ou les mêmes interdits (notamment pour les images violentes, cruelles, humiliantes pour l’acteur " fort "). Aucune recette systématique de la propagande ou de la guerre dite psychologique ou de l’image ne se transpose systématiquement ni ne produit automatiquement les mêmes résultats.


Mais la question technologique n’est pas moins importante. Là encore les facilités d’édition et de diffusion des différents médias, leur technicité et leur coût, leur portée (au sens géographique, chronologique pour ne pas dire psychologique), transforment la stratégie et sont déterminés en retour.
La presse à imprimer des révolutionnaires,
-la radio des luttes de libération et des indépendantistes,
-la télévision (d’abord contrôlée par les puissants et qu’il faut " détourner " par des actions spectaculaires,
-puis la télévision numérique bon marché, " self-media " léger et omniprésent),
-l’enregistrement numérique de ses propres " exploits " ou des fautes de l’adversaire faciles à faire circuler,
-et, bien sûr Internet qui fait rentrer dans un logique de propagation partout et de partout (et non plus de diffusion à partir d’un centre émetteur unique)…,
tout cela change les règles du combat.

Un jeu auquel se rajoute l’interférence d’autres acteurs que les belligérants : télévisions internationales d’information, médias étrangers, tribunes qu’offrent les ONG et les OIG, rumeurs et influence plus ou moins spontanées sur la Toile…
Tandis que les belligérants eux-mêmes, loin de constituer un simple groupe armé sur le terrain, disposent de relais, organisations et institutions où ils sont représentés, quand il ne s’agit pas de médias, de services sociaux, d’organisations filles ou paravents qu’ils gèrent directement. D’où, chaque fois un nouveau niveau de discours.

D’où des méthodes différentes suivant que l’acteur jouit de sympathie dans les médias nationaux, dans des chaînes internationales d’informations ou si, comme le Hezbollah, il possède sa propre chaîne, relayée par satellite, al Manar.

Dans une logique influence contre puissance, l’asymétrie de l’information peut être aussi redoutable pour les armées et les acteurs étatiques que l’asymétrie des forces (guérilla, émeute, manifestation). Elle l’est d’autant plus quand les épidémies numériques mettent en quelques instants des images à la disposition d’un public sans frontière.
Le double impératif
-  ne montrer ni la brutalité de sa force (prisonniers maltraités, répression de manifestants, exécutions, victimes civiles),
-  -ni sa faiblesse (perte de face de Tsahal au Liban, cafouillage sur le modèle de Mogadsicio, soldats pris ou tués, exploits de la résistance)…, l
pose un dilemme difficile. Pendant qu’en arrière-plan toute guerre est vécue en direct dans le reste du monde.

Et le public en général ne se fait plus la même représentation de l’affrontement armé maintenant qu’il peut télécharger des séquences ultra violentes et qu’il y a autant de caméras que de fusils d’assaut sur les théâtres d’opérations. Certainement pas la même qu’à l’époque des guerres filmées en 16 mm (comme le Vietnam) ou à celle des photographies de guerre posées, esthétisées, parfois truquées…


La vieille logique des groupes révolutionnaires (fournir aux médias du système des séquences spectaculaires pour les obliger à relayer malgré eux l’image de la lutte et des idées qui l’inspirent) s’insère désormais dans des relations plus compliquées :
-  pluralité des médias " extérieurs " s’adressant à des audiences plus ou moins engagées symboliquement dans le conflit
-  logique d’Internet où il importe moins d’avoir d’importants moyens de production de l’information que d’exercer une " e-influence " et d’attirer l’attention des utilisateurs sur ses thèmes et son " agenda ".
-  multiplicité des groupes, témoins et acteurs s’exprimant sur divers médias et dans divers pays.

Source : huyghe.fr
Par Kochab
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Mardi 20 mars 2007

19 mars 2007 - Révolution de la communication

Une tradition intellectuelle, remontant au moins à Saint-Simon et à son rêve du " gouvernement des choses " fait de l’amélioration conjointe des connaissances scientifiques et des moyens de communication une force par nature pacificatrice. Réduction des obstacles que l’ignorance dresse entre les hommes, amélioration des méthodes de gestion et de prédiction sociale, effets bénéfiques et apaisants de l’abondance engendrée par la technologie, mais aussi transfert de l’essentiel de l’activité humaine de la production de choses (dont la possession est, par nature, objet de rivalité) vers l’accroissement des savoirs ou le maniement des signes. Voilà une thématique optimiste qui fait le lien entre les prophètes du chemin de fer ou du télégraphe et ceux d’Internet.

Le tout débouche au final sur l’idée de l’abolition de la politique (par nature irrationnelle et passionnelle) au profit de la technique et de la communication, mais aussi sur l’espérance d’une abolition des frontières (forcément " obsolètes ") et d’une unification de l’humanité (village global par exemple).
Dans les dernières décennies du XX° siècle, ce rêve d’une ère post-industrielle prend la forme de l’attente d’une société que l’on dira du savoir, de l’information ou de la communication (même si ces trois notions ne se recouvrent que très partiellement) ou encore " société en réseaux ".

L’idée est que l’accroissement du savoir disponible, joint à la facilité de traitement et de partage des données, deviendra le moteur du changement social. La technologie de la communication est jugée porteuse d’un impact sans précédent sur les champs politiques, économiques, culturels. La connaissance est envisagée comme source du changement et ressource essentielle, chaque jour davantage disponible. L’élimination du risque et du conflit apparaissent comme des objectifs proches. Dans cette optique, penser le politique en termes de luttes pour le pouvoir, l’économique comme compétition pour des ressources et la culture comme expression de valeurs hétérogènes, c’est pire que pessimiste, ringard. Il s’agit de suivre le nouveau sens de l’histoire.
Ce discours suscite des critique aux tonalités souvent apocalyptiques ou des protestations contre les mauvais usages de ces technologies, ou leur inégale répartition (la " fracture numérique "). Beaucoup soupçonnent les TIC de reproduire rapports de pouvoir et inégalités (voire, tout simplement, de dissimuler l’hégémonie américaine) et de creuser les inégalités plus qu’elles ne les comblent. D’autres craignent la catastrophe informatique : un monde déshumanisé.
Dans le même temps aussi, prolifèrent de surprenants mouvements culturels et sociaux pour, contre et par la technologie. En témoignent les revendications du droit à la cryptologie, les pirates informatiques et libertaires, les " e-militants " antiglobalisation ou les associations anti Big Brother défendant les libertés via les nouvelles technologies.

La citation : P. de Flichy " Mais les annonces d’une révolution de la communication ne datent pas d’aujourd’hui, elles ont également fleuri à la fin du XIX° siècle, lors de la naissance de la radio…Les mêmes réformateurs sociaux espèrent résoudre les difficultés de l’école ou revivifier le fonctionnement de la démocratie, les mêmes Cassandre voient dans le média qui apparaît une menace pour la culture ou les libertés des citoyens, les mêmes idéologues voient poindre l’aube d’une nouvelle civilisation. "
 
L’imaginaire d’Internet 2001
Le livre : MATTELART A. Histoire de l’utopie planétaire. De la cité prophétique à la société globale, Éditions la Découverte, 1999


Source : huyghe.fr
Reproduit avec l'autorisation de l'auteur.
Par Kochab
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Mardi 10 avril 2007
8 AVRIL 2007 - LA VALEUR DE L'INFORMATION

L' intelligence économique nous rèvèle combien l'information est à la fois désirable (il faut garder ses secrets, veiller...), redoutable (on désinforme , on déstabilise, on influence...) et vulnérables (toute entreprise dépend de ses systèmes d'information, de sa réputation...). Au fait que veut dire information ?

Soit l’idée que l’information " vaut " quelque chose. C’est une différence qualitative, une variation, qui peut être différemment ressentie ou estimée par un interprétant. Telle est aussi la caractéristique de toute valeur qu’il s’agisse du sentiment esthétique, de l’approbation morale ou de la spéculation boursière

L’information est elle-même une différence qui produit une différence pour quelqu’un.. C’est ce que résume l’apologue " Vous vous promenez dans la rue ; vous donnez un coup de pied à une brique, elle bouge : vous lui avez transmis de l’énergie. Vous donnez un coup de pied à un chien, vous lui transmettez de l’information, la douleur. Il réagit différemment soit en fuyant, soit en grognant, soit en vous mordant,… ". L’information ne vaudrait donc, en positif ou en négatif, que pour un récepteur : votre shoot n’apporterait pas la même information à un éléphant ou à un ordinateur.


Historicité d’une notion

Que l’information soit une valeur semble encore plus évident aux tenants de la théorie dite de l’information de Shannon et Weaver de 1949 : sa fonction est précisément de mesurer la valeur " en information ", dans une vision probabiliste. Son maximum, sa plus grande densité, correspond à une réduction des choix possibles entre des éléments susceptibles d’être discriminés. Plus large le choix, par exemple plus les éléments ont une probabilité égale d’apparaître, donc plus forte l’entropie, plus riche la capacité de réduire l’incertitude de chaque élément faisant différence. Bien sûr, il existe toutes sortes d’objections à la généralisation philosophique de cette théorie, à commencer par le fait que ce n’est pas une théorie de l’information, mais une théorie mathématique de la communication voire de la signalétique. Qu’elle est fort utile pour résoudre des problèmes techniques d’utilisation optimale des signaux mais pas pour comprendre le sens véhiculé par les messages, sa réception, ses effets psychologiques et sociaux. Qu’elle implique ce paradoxe : le message le moins signifiant puisque le plus aléatoire serait le plus riche en information. De la restitution des variations à la reconnaissance des formes s’ouvre le gouffre du sens.

Enfin et surtout, ladite théorie ne nous dit pas ce qu’est ce concept bouche-trou : l’information existe puisqu’on la mesure ou plutôt qu’on mesure le coût de l’acquérir ou de la dupliquer. Or l’information est un processus. Nous ne le connaissons que par ses effets qui sont tout sauf simples. Il faut bien qu’il y ait de l’information puisqu’il y a communication, donc victoire de l’information sur les distances, mais aussi transmission, donc succès contre le temps et l’oubli et enfin propagation, donc lutte de l’information contre l’information, ou plutôt contre les résistances du déjà acquis et du déjà cru. L’information est quelque part sur ce triple front et réside dans ce triangle des Bermudes.

L’information " se présente au regard tantôt comme mémoire, tantôt comme savoir, tantôt comme message, tantôt comme programme, tantôt comme matrice organisationnelle. " suivant Edgar Morin. Elle est data, knowledge et news pour les anglo-saxons. Or, elle ne peut se réduire aux données, des unités de variation stockées ou traitées quelque part et produisent des traces. Ni aux messages qui lui permettent de circuler et n’en représentent qu’une forme d’existence temporaire. L’information ne peut pas non plus être assimilée à la connaissance qui en résulte lorsqu’un cerveau relie des informations pour faire émerger une forme mentale d’un fond. Enfin, l’information, ce ne sont pas non plus les programmes (ceux des logiciels ou ceux de notre code génétique) qui contiennent en puissance d’autres états de la réalité et agissent comme des commandes. L’information c’est tout cela à la fois. C’est le processus qui explique la continuité de ces quatre états.

Assez vite, la théorie de l’information, puis ses déclinaisons cybernétiques donnent lieu à une valorisation d’un autre ordre : la conviction que la " bonne " société repose sur un bon usage ou un bon partage d’une information disponible en pleine croissance. L’optimisme des premiers penseurs de l’information n’a pas d’autre source. Voir Shannon définissant une bonne gestions " cybernétique " du politique comme remède à la barbarie. Voir Laswell exaltant la société démocratique comme capable d’assurer la répartition des connaissances donc des pouvoirs. Or c’est négliger trois ambiguïtés.

D’abord elle qui porte sur le rapport entre données et connaissance. Il est évident que la disponibilité de données, ou les instruments qui en permettent le stockage, le traitement, le transport, ne garantit pas un savoir (une représentation organisée de la réalité, la rendant plus intelligible). Le savoir consiste aussi à éliminer, hiérarchiser, classer les données accessibles, non à les accumuler. L’information, processus d’acquisition d’éléments in-formés au sens étymologique, ne repose qu’en partie la multiplication des modes et objets de représentation.

Une autre ambiguïté porte sur les rapports entre information et communication.. Il y a une certaine contradiction entre information, nouveauté demandant un effort d’acquisition et d’intégration et la communication effusion ou communion.: " "D'où, comme le dit Daniel Bougnoux, l'antagonisme de l'information et de la communication, néanmoins contraintes de cohabiter dès lors que celle-ci (la communauté, la connivence participative ou la chaleur du massage) est la condition et le préalable obligé de celle-là (le message qui ouvre, qui complique ou éventuellement contredit nos mondes propres). ".

Une troisième ambiguïté porte sur réduction de l’incertitude et réduction du conflit. Ceci suppose l’idée fort ancienne que les affrontements résultent d’une ignorance et qu’une véritable connaissance mènerait sinon à l’harmonie des intérêts du moins à la réduction des hostilités. Tout nouveau moyen de communication est accompagné de prédictions humanistes et de phrases immortelles sur l’humanité qui rapprochée et tout ébahie de se découvrir si semblable en toutes ses composantes ne pourrait bientôt plus se faire la guerre. Victor Hugo n’y a pas échappé davantage que Bill Gates. Le téléphonographe, le cinématographe ou le dirigeable ont suscité autant de discours prophétiques avant 14-18, qu’Internet avant l’hécatombe des start-up. Avec le succès que l’on sait.



De l’utopique au stratégique

Deux éléments contribuent à répandre dans l’esprit du temps la notion d’une valeur intrinsèque de l’information

Avec les mass-media et industries culturelle, le négoce d’états de conscience, selon l’expression de Bernard Stiegler, se révèle une activité économique et sociale cruciale. On la rattache d’abord à une logique d’unification. de l'espace et du temps (au rythme des événements mondiaux retransmis instantanément). des esprits aussi, reprochent les premiers adversaires des industries de l’imaginaire raisonnant en termes de pouvoir sur le récepteur . De là découleront un contre-discours sur les nouveaux médias voués à l’expression et à la diversité ou l’économie de la connaissance. Puis un contre-contre-discours hostile à la marchandisation générale ou plutôt la sémantisation de la marchandise, qui occupe toute notre conscience comme porteuse de signes, emblèmes d’appartenance ou d’identification.

Enfin, dernier élément : la constitution dès les années 60 d’une idéologie " post-industrielle " représentée par quelqu’un comme Daniel Bell puis par des épigones moins subtils de type Alvin Toffler, puis devenant ce qu’il est convenu d’appeler l’utopie de la communication. Sa vulgate annonce le passage à une société dite indifféremment de l’information, de la communication, du savoir, des réseaux – comme si ces termes étaient équivalents. On nous fera grâce d’en détailler les composantes : éloge de la transparence généralisée, prédictibilité de l’évolution sociale, déterminisme des moyens de communication et non plus de production, réduction du politique au technique et au consensuel, " règne des choses " (une société enfin libérée du facteur aléatoire, les passions, au profit d’une gestion rationnelle), meilleure organisation des processus matériels et sociaux et réorientation des activités humaines vers la création et le partage de savoir..

Dans cette vision l’information est substantifiée, considérée comme une ressource difficile à produire mais de plus en plus facile à stocker, circuler et dupliquer, bonne par nature puisque génératrice de possibilités nouvelles : seule sa rétention pourrait produire des effets de pouvoir ou de manipulation. D’où le double idéal d’une société plus rationnelle, égalitaire et protectrice et d’un individu répondant à l’impératif généralisé d’expression de soi et d’authen TIC ité...

Ceci se reflète dans une vision de l’économie moins centrée sur la lutte contre la rareté, la production et la circulation des choses que sur la répartition de l’information et du risque. Ainsi, l’entreprise est assimilée à un système à capter des signaux, à émettre des images et à faciliter des flux. Capter des signaux c’est ici distinguer les tendances émergentes qu’il s’agisse de profiler une clientèle et de s’adapter à son style de vie ou d’imaginaire, de surveiller les innovations techniques ou des initiatives de la concurrence, à anticiper les risques et les renversements, si possible les nouveaux standards et les normes d’un perpétuel changement. Émettre des images se réduit le plus souvent à minimiser le risque de ne pas être éthiquement, politiquement, écologiquement, culturellement correct. Dans nos sociétés obsédées par l’idéal du zéro défaut et du zéro danger, cela suppose traçabilité pour le passé, vigilance pour le présent et précaution pour l’avenir. Cet impératif se décline en respect pour le corps (la santé), la Nature (l’environnement), l’individu (sécurité, intimité), le sujet communautaire (juridisme et protection des minorités)... Enfin, la gestion des flux de données, souvent conçue suivant le paradigme du réseau présumé souple, innovant et économe en frictions et commutations inutiles, réducteur des hiérarchies et des contraintes. Nous verrons plus loin que ce triple idéal de l’an TIC ipation, de la séduction et de répartition prend un tout autre sens dans le cadre d’une polémologie de l’information.

En effet, notre but n’est ici nullement de critiquer cette idéologie de l’information comme " naïve " : surévaluant les possibilités de la technique, simplifiant la complexité des rapports humains, ou occultant la persistance de rapports de pouvoir sous d’autres formes plus douces.

C’est plutôt la dimension ironique ou paradoxale qu’il nous semble important souligner. Celle-ci se traduit notamment par le retour du stratégique. Il nous suggère l’hypothèse que la société dite de l’information se révèle être une société du conflit dont l’information serait à la fois la mesure, l’instrument et la cible.



Les invariants stratégiques

Que l’information soit un élément stratégique, au même titre que la force, n’a guère échappé aux penseurs du conflit. Acquérir une connaissance vraie et la monopoliser par l’usage du secret et du faux, paralyser la capacité décisionnelle adverse par des leurres et feintes, étaient du reste des principes que prônaient penseurs grecs et chinois d’il y a vingt-cinq siècles. Ils n’ignoraient pas non plus le rôle des arts de convaincre et de faire croire, c’est-à-dire d’user de représentations dont il n’importe guère qu’elles soient disponibles pour un acteur au bon moment et refusée à son adversaire, mais dont il faut qu’elle soit partagée et propagée. Les premières accroissent la liberté d’action de qui les possède, les secondes décident de ce que seront les camps et quelle sera leur force morale.

La stratégie consiste à penser une action contre autrui qui tente de contrarier cette action : en cela l’information représente un pouvoir sur les choses, sur les gens et sur l’information elle-même.

Sa valeur dépend de sa capacité de limiter la complexité des choix au profit de la décision. Cette connaissance porte sur les conditions extérieures du déploiement de l’action, mais aussi sur les plans de l’adversaire (qui sait souvent qu’il en est ainsi et peut penser ses " coups " en fonction de leur prédictibilité). Sun Zi y ajoutait la connaissance de soi et de ses propres forces : " Connaissez vous et connaissez l’adversaire et jamais ne serez vaincus en cent guerres ". Ces modes d’acquisition de l’information (avec leur corollaire, les procédures de protection du secret, d’intoxication ou de déception des décideurs adverses, voire de dégradation de leurs systèmes d’information) caractérisent la relation conflictuelle. Un savoir stratégique ne saurait être pure technique, moyens garantissant une fin et permettant une économie de temps ou de ressources. L’avantage informationnel dépend de l’opportunité juste et donc du temps (éventuellement de la capacité de faire perdre du temps à l’adversaire et d’accroître son incertitude). Pareil avantage peut être très éphémère. Il peut être aussi très marginal dans la mesure où il dépend de l’état des connaissances d’un adversaire ou d’un concurrent, plus de l’anticipation de l’effet de cette différence sur son comportement. Le problème de discrimination de l’information pertinente est donc crucial ;

L’information agit aussi sur les gens : nos représentations nous possèdent autant que nous les possédons. D’être facteur d’adhésion met l’information/croyance au centre d’un processus complexe entre relation (croire c’est souvent rentrer dans une communauté), opposition (la croyance suppose un refus d’autres représentations concurrentes tenues pour fausses ou perverses, et bientôt la construction), mais aussi " focalisation " : croire c’est diriger son attention sur un énoncé ou un thème et d’une certaine façon se fermer à d’autres possibilités ou à d’autres ouvertures sur le monde. La bonne nouvelle c’est que tout ceci ne se laisse guère réduire en équations et que la persuasion, pragmatique et non technique, est le plus aléatoire des arts. Les mystères de la réception et les pièges de l’interprétation ont guéri plusieurs générations de chercheurs de définir les recettes de la manipulation des esprits, mais pas les pratiquants de persévérer en dépit de cette imprédictibilité des effets.

Enfin l’information agit sur l’information. Positivement d’abord. Des informations qui mettent en ordre les données enregistrées, des connaissances qui hiérarchisent et relient des connaissances, des moins de signes qui produisent des plus de sens, simplifier les structures pour ouvrir le champ des possibles, cela définit assez bien le travail de l’intelligence. Mais cette valeur peut être affectée du signe négatif : l’information, à rebours de son étymologie - in-former, mettre en forme - peut être un facteur de désordre et détruire l’information. Tel est le cas du virus informatique. Reste aussi le cas où la valeur de l’information sur l’information est purement conventionnelle : le mot de passe ou l’identifiant ne valent en rien par leur contenu et leur signification nulle mais uniquement par leur rareté organisée.

Il ne suffit pas de s’imprégner de ces principes comme pour se guérir de la tentation de la simplificatrice ou de l’angélique. Encore faut-il les rapporter aux conditions actuelles. Celles-ci sont d’ordre à la fois technique, et stratégique. Et chacune entraîne ses paradoxes.



Technique et stratégique

En considérant le point de vue de la technique, nous réalisons combien les deux grandes composantes de la révolution des  TIC    , numérique et réseau peuvent autant favoriser les gains de destructivité que les gains de productivité ou améliorer la pratique de la contrainte autant que celle de la communication. Le monde des  TIC    , qu’on décrivait comme celui l’invention perpétuelle, de l’intelligence collective et de l’accessibilité sans limite aux biens immatériels s’est vite révélé sinon paranoïaque, pour le moins hanté par l’obsession du risque, l’explosion de la capacité de nuisance, qu’il s’agisse du cybercrime, de l’infoguerre, d’infordominance ou de guerre cognitive. Des thèmes récurrents confidentialité et intimité menacées, manipulations invisibles, destructions et prises de contrôle à distance et quasiment sans moyens matériels importants obsèdent autant les internautes persuadés d’être menacés par Big Brother que les grandes bureaucraties. À commencer par celles des USA qui dépense des millions de dollars pour protéger ses infrastructures vitales contre un Pearl Harbour électronique toujours annoncé, jamais réalisé. La fragilité est inhérente au numérique et à nos prothèses intellectuelles qui éloignent de nous nos mémoires et nos moyens de calcul. Ils accroissent notre dépendance à l’égard de protocoles techniques incontrôlables dont la connaissance suffit souvent à conférer un pouvoir indésirable. Dans le même mouvement, manipulation des traces, falsification des mémoires et transactions, deviennent des instruments plus accessibles au faible : le seuil d’entrée sur le terrain du conflit s’abaisse en proportion.

Quant à la structure en réseau elle n’est pas seulement favorable à la souplesse, à la décentralisation, à la réadaptation perpétuelle, à l’économie de moyens, à la meilleure circulation des connaissances et à la stimulation des acteurs responsabilisés et participants. Elle est aussi favorable aux contagion. Un système qui repose sur les flux, flux d’information, flux numériques ou flux d’argent et d’attention fait glisser l’axe du pouvoir de l’imposition de contraintes au formatage, de la hiérarchie à la détermination des normes et à l’exploitation des propriétés du système, des sommets visibles au nœuds invisibles. Rappelons simplement que " netwar ", la guerre en réseau est un des concepts de pointe des stratèges U.S, et que la société en réseaux suscite aussi le terrorisme en réseau qui utilise toutes les possibilités de sa technologie.

Les technologies de l’information sont intrinsèquement porteuses de possibilités de lutte, et d’incitation à l’agression. Y participer à distance, anonymement, voire de façon invisible, ce sont des possibilités dont on voit tout les jours l’illustration sur Internet. Symétriquement, plus la richesse repose sur le monopole d’information rares (des inventions performantes, des documents confidentiels, ou simplement des bases de données représentant un travail important de sélection qu’il s’agisse d’un usage militaire, commercial… ), plus les systèmes d’information sont interdépendants et externalisent leurs mémoires, plus les institutions (politiques ou économiques) fonctionnent à l’image de marque, à la séduction plus elles se réclament des valeurs de transparence et d’éthique plus elles sont soumises au risque informationnel.

Source : © François-Bernard Huygues avec l'autorisation de l'auteur.
Par Kochab
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Mercredi 14 novembre 2007
Paul Villach a fait une excellent analyse de l'affiche "Olly Gan" sur le site Agoravox. Malaise dans la communauté des commentateurs, sur le thème "Touche pas à ma pub". J'ai répondu par ce commentaire, en tentant de situer le phénomène publicitaire dans le contexte social qui est le nôtre.

Le hollygan, un modèle pour notre comportement
Ces publicités s'adressent à nos instincts les plus basiques afin de nous éviter une analyse consciente de la réalité de nos besoins. La pyramide de Maslow est très utilisée en publicité. Chaque visuel renvoie à l’un ou à plusieurs de ses niveaux.

En cela le monde publicitaire est confronté à une double contrainte.

La première, basique, consiste à créer une complicité, une duplicité, avec le public.

La seconde, plus insidieuse, calculée, est de répondre à la culture des annonceurs. Lorsque celui-ci est le chocolatier du coin ou une entreprise ne s'adressant qu'à une clientèle professionnelle, cette réponse est le plus souvent anodine. Il n'y a pas d'enjeux sociaux derrière.

Tout autre est la publicité émise par les grands groupes industriels s'adressant à l'ensemble de la population. À leur niveau, ils sont parfaitement conscients de leur capacité à contraindre celle-ci à un comportement captif envers le système de production dont profite une petite minorité et qui se cache derrière la notion d'ultra libéralisme. Ce système n'a d'autres moyens de croissance que l'appropriation ininterrompue des ressources de l'individu.

Je comprends très bien la réaction quasi-réflexe de beaucoup contre votre analyse. L’identité culturelle de l’émetteur sous-tend toute communication. Par métaphore, on pourrait évoquer des tenseurs mécaniquement solidaires du système auquel se réfère l’annonceur. Les annonces auprès du grand public n’échappent pas à la règle. Les annonceurs sont tributaires du système financier auquel appartient leur donneur d’ordres. Ils ne peuvent s’affranchir de ses codes. Ils ne le désirent pas non plus puisqu’ils ont recopié leur mode de fonctionnement afin de réduire voire de supprimer tout apprentissage des codes des annonceurs. Ils les possèdent dorénavant en interne. Les tenseurs évoqués plus haut sont l’hédonisme, la loi du plus fort, la mesure de l’appartenance de l’individu au système social par sa seule capacité à développer des excédents financiers. Autant de comportements mettant en péril la cohésion sociale. En démontant les mécanismes de l’annonce, vous mettez à jour la structure d’un machiavélisme inacceptable inhérent au modèle social qui est le nôtre.

On ne peut demander aux destinataires de ces messages qui profitent le plus souvent avec honnêteté du système d’en remettre en cause la légitimité sans qu’ils ressentent avoir été bernés ou s’en être rendu complice. À cet effort d’analyse s’ajoute l’effondrement de perspectives déjà tracées pour l’avenir. C’est beaucoup exiger. Porter le débat sur ce plan serait déjà en reconnaître la réalité. Comme toujours dans ce cas, la critique s’oriente vers l’identité sociale. " Cher Monsieur, vous êtes un zôtre".

L'imbécilisation croissante des programmes de télévision, la part grandissante de la pipolisation dans les informations quotidiennes, l’affligeante diminution de la qualité de l’enseignement (mon livre d’histoire de 4e serait aujourd’hui un ouvrage de niveau DUG) participent à un même objectif parfaitement identifié : refuser l’accès de la population aux moyens intellectuels, spirituels et moraux nécessaires à l’élaboration du libre-arbitre de chacun.

La sécurité à laquelle aspire tout individu s’obtient par le partage d’une rigueur morale et comportementale librement consentie qui s’exprime à travers l'élaboration des codes sociaux. Elle nécessite un esprit critique vis-à-vis de ces codes sociaux afin que chaque citoyen puisse en dénoncer les dérives.

L’économie purement fiduciaire dans laquelle nous nous enfonçons n’a tout simplement pas les moyens financiers de prendre en compte cette capacité naturelle de l’homme de s’inscrire sciemment et généreusement dans une démarche de construction commune des codes sociaux. Il faudrait pour cela une redistribution des responsabilités, donc des produits du travail (je vais vite). Il est beaucoup plus facile et plus sûr de les fabriquer. De plus, l’appropriation par une minorité de la capacité de production de chaque individu constitue le premier danger auquel s’expose une collectivité puisque ce comportement dénie la capacité de l’individu à juger par lui-même la pertinence de sa contribution au bien commun au regard des codes établis et partagés (en cela, comme vous le voyez, je ne suis pas marxiste !). Anéantir le libre-arbitre est une question de survie pour le système.

La publicité n’est que la phase visible d’un programme global beaucoup plus large d’esclavagisation dont le déroulement s’opère sous nos yeux sans qu’on y prenne garde.

La biographie d’Orwell et ses relations avec les maîtres à penser de ce programme est à ce titre tout à fait révélatrice. 1984 n’est pas une fiction, mais le témoignage d’un programme d’action sociale qui s’accomplit jour après jour.


Source : Cantona que l’humour d’un gorille en « Olly Gan » pour se poiler, holà gare !
Par Kochab
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La planète peut accueillir tous les êtres humains mais non toutes leurs convoitises. (Gandhi)

Le pouvoir est devenu le passage obligé de ceux qui, à tout prix veulent acquérir des richesses faciles. (
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Nous n’avons pas besoin de la France car nous avons maintenant des amis comme les Etats-Unis." (
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[Sarkozy] est encore perdu quelque part au milieu de l’atlantisme. (Jean-Philippe Immarigeon - Sarko L'Américain)

L’âge de pierre ne s’est pas terminé par manque de pierre ; l’âge du pétrole ne se terminera pas par manque de pétrole. (Cheikh Ahmed Zaki Yamani, ancien ministre du Pétrole en Arabie Saoudite.)

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